DES ARTISTES BURUNDAIS REAGISSENT FACE A LA PROBLÉMATIQUE DE PROMOTION DE LA MUSIQUE BURUNDAISE

DES ARTISTES BURUNDAIS REAGISSENT FACE
A LA PROBLÉMATIQUE DE PROMOTION DE LA
MUSIQUE BURUNDAISE

Il a réagi à notre article précédent intitulé « UN APPEL AUX MUSICIENS BURUNDAIS A REJOINDRE LES TRAVAUX DE RECHERCHE ETHNOMUSICOLOGIQUE, Seule Porte Sûre Vers de Nouvelles Créations Originales ». Il, c’est bien Gad NIYOMUKUNZI de Bujumbura. Voici une observation poignante dont il nous a fait part :

« Je tiens à féliciter l’auteur de ce texte qui m’inspire et me rappelle quelque chose. Je me suis posé de telles questions le jour où j’étais avec un certain producteur. J’avais ma guitare avec laquelle je lui montrais les notes barrées de ma chanson. Je lui ai même montré les notes simples mais il n’était pas en mesure de savoir de quoi il s’agissait. Certaines personnes se nomment « producteurs » alors qu’elles ne savent jouer d’aucun instrument de musique. Ça fait chuter l’industrie musicale au Burundi. Leurs œuvres sont des copies des œuvres d’autres producteurs internationaux. Parfois ils téléchargent des instrumentales sur internet et proposent aux chanteurs d’enregistrer dessus. Ils volent des œuvres, ils bafouent les droits d’auteurs. Il arrive souvent qu’ils proposent le même instrumental aux différents chanteurs. Ils manquent de création musicale. Par conséquent, les prétendues stars « soi-disant ambassadeurs de la musique burundaise » ne font qu’imiter les styles et mélodies étrangères. Il faut que nous préservions notre culture afin que nous montrions la différence. Nous devrions créer (si jugé bon) un mélange des styles originaux et « modernes » pour une harmonisation musicale », écrit Gad NIYOMUKUNZI, à qui nous réitérons toute notre reconnaissance et nos félicitations pour ce partage franc et responsable.

Qu’en dites-vous, messieurs les « Producteurs musicaux » établis à Bujumbura ? La balle est dans votre camp. Réagissez et répondez à cette remarque, par ailleurs justifiée, qui vous est faite de la part des musiciens que vous recevez dans vos studios. Nous publierons volontiers vos répliques. Saviez-vous que bientôt un bon nombre de jeunes musiciens burundais auront suivi une haute formation en Musique, Ethnomusicologie et business musical à l’Institut de Musicologie de Gitega, et pourront, tout naturellement remettre en doute vos compétences ? Êtes-vous réellement conscients que le monde se développe ? Nous vous avons invités maintes fois (et l’invitation reste en cours) à vous faire inscrire aussi pour de telles formations à l’Institut de Musicologie afin d’obtenir un diplôme de qualification qui témoignerait de vos aptitudes en musique.

Entre temps, acceptez que nous vous donnions ce conseil : l’industrie musicale n’est pas un jeu. C’est carrément une industrie au vrai sens du terme, qui a ses lois et principes directeurs. Vous devez vous y conformer. Vous vous faites nommer PRODUCTEURS alors qu’il n’en est rien. Dans le business musical, une personne est appelée « producteurs » quand et uniquement quand elle investit son argent pour financer les travaux d’un artiste. Ce qui étonne, c’est qu’en vous faisant appeler PRODUCTEURS, vous vous permettez d’exercer les métiers d’ ARRANGEUR MUSICAL et celui d’Orchestrateur. Saviez-vous que ces derniers sont des métiers très sophistiqués dans l’industrie musicale, qui requièrent une formation de haut niveau en musique et une compétence nourrie d’une solide expérience. Avez-vous ces capacités alors ?

Les artistes Burundais que vous induisez en erreur en leur faisant chanter sur des instrumentaux volés sur internet, ne pourront faire carrière ni gagner leur vie hors du Burundi. Dissociez-vous de cette pratique. Acceptez d’être formés, nous vous le répétons. « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois », dit un adage français. Bientôt nous allons vous confronter à des musiciens qualifiés, formés à l’Institut de Musicologie de Gitega. Vous aurez du mal à continuer sur cette voie et, nous vous l’assurons bien avant, la honte couvrira votre travail et vous serez contraints à démissionner. Et, pour vous faire prendre conscience que le métier avec lequel vous jouez n’est pas ce que vous croyez qu’il est, nous mettons en affiche de cet article LES PARTITIONS MUSICALES DE LA CÉLÈBRE CHANSON « UMUGABO W’UKURI » DE CANJO AMISSI. Pour pouvoir reproduire cette chanson, un arrangeur/orchestrateur européen ou américain ou chinois ou coréen, etc, prendra soin de nous nous la demander d’abord. Et vous ?
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INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA
B.P. 197 Gitega, Burundi
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UN APPEL AUX MUSICIENS BURUNDAIS A REJOINDRE LES TRAVAUX DE RECHERCHE ETHNOMUSICOLOGIQUE, Seule Porte Sûre Vers de Nouvelles Créations Originales

UN APPEL AUX MUSICIENS BURUNDAIS A REJOINDRE
LES TRAVAUX DE RECHERCHE ETHNOMUSICOLOGIQUE,
Seule Porte Sûre Vers de Nouvelles Créations Originales

Plusieurs Burundais appellent « MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE » tout ce qui se chante aujourd’hui en langue KIRUNDI avec l’accompagnement d’instruments occidentaux, ou dans un dialecte-créole imaginaire mêlé d’un Kirundi assaisonné par des termes importés on ne sait d’où. C’EST FAUX ! Ce n’est pas cela la Musique burundaise développée dont nous devons nous vanter et que nous croyions pouvoir afficher sur le tableau de la mosaïque des musiques du monde hautement prisées dans le business musical international actuel.

Ne nous y trompons pas, mais posons-nous sincèrement la question suivante en tant que Burundais responsables de nos valeurs et richesses culturelles : « Pourquoi les investisseurs culturels internationaux ne sont-ils pas attirés à venir exploiter ce que nous sommes en train d’appeler faussement ‘Musique burundaise moderne’ ? » Réponse simple et claire : ce que nous brandissons comme musique ne contient rien d’innovant et ne porte aucun cachet original nouveau recherché par les consommateurs des nouvelles musiques que le monde voudrait découvrir.

Effectivement, les musiciens burundais de la génération actuelle s’étant eux-mêmes détournés et privés de leur propre source ethnomusicologique, ne peuvent récolter autre chose qu’un état d’esclavage sous des styles musicaux exotiques en vogue dont ils ne connaissent d’ailleurs pas les structurations artistiques. Pour ne citer que quelques exemples illustratifs de musiques originales déjà développées et modernisées par des artistes d’autres pays conscients et amoureux de leur art, précisons ici à l’intention des musiciens burundais que tous ces styles musicaux sur lesquels ils sont en train de s’agriffer sont le fruit d’un dur labeur accompli volontairement et avec grands sacrifices :

– La SAMBA, par exemple, est l’une des formes les plus populaires de la Musique traditionnelle nationale du Brésil.
– Le ZOUK est un style de musique originaire de Guadeloupe et de Martinique ayant ses racines dans la musique KOMPA de Haïti et de la musique Dominicaine
– Le MERENGUE est un style de musique/danse joyeuse très animée également originaire des traditions musicales de la République Dominicaine.
– Le KIZOMBA est un style de musique/danse populaire de l’Angola.
– La SOUKOUS est un style musical né dans les deux Congo autour des années 30-40 et est devenu populaire dans toute l’Afrique.
– Le MAPOUKA est une danse/musique originaire du Sud-est de la Côte d’Ivoire dans la zone de Dabou. Aujourd’hui, il gagne toute l’Afrique de l’Ouest.
– Le JUJU et l’APALA sont des styles de musiques populaires du Nigeria dérivées des percussions de la Tribu Yorouba. C’est aussi à que le grand FELA KUTI a puisé inspiration pour créer l’AFROBEAT.
– Le CHIMURENGA quant à lui, est un genre musical populaire du Zimbabwe.
– La MARRABENTA est un style de musique/danse originaire du Mozambique. Etc, etc.

Et alors, quel style de musique burundaise moderne avons-nous qui serait née des nombreuses musiques traditionnelles du Burundi après 50 ans d’indépendance ? Nous sommes encore sous colonisation culturelle ! Félicitons toutefois encore l’artiste Jérémie HAKESHIMANA (alias YELE), fondateur du style musical UMUDIDIZO moderne qu’il a tiré de la musique traditionnelle burundaise chantée et accompagnée au pilon et au mortier ainsi que Gilbert NDAKOZE (Alias GINDA) pour l’excellent travail de recherche qu’il fait sur l’Inanga. Nous ferons certainement appel à eux dans les nouvelles recherches que nous entreprenons sur d’autres styles musicaux burundais.

Voilà donc deux questions pertinentes qui se posent aujourd’hui à la fois aux responsables burundais ayant la Culture dans leurs attributions et aux musiciens burundais également :
– Pourquoi ne pourrions-nous pas conjuguer nos efforts pour nous emparer officiellement de cette problématique de manque d’exploitation de nos musiques traditionnelles afin d’en faire une nouvelle vision artistique de travail pour nos artistes au moment où l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA offre volontiers son expérience et ses compétences en matière de recherche ethnomusicologique ?
– Apprécions-nous de la même manière l’apport de la Culture en général et celui du secteur de la musique en particulier dans le développement de l’économie nationale ?

En parlant ainsi, nous voudrions bien sûr exprimer la fierté que le peuple burundais a vis-à-vis de sa musique, ses chants et ses danses populaires qui devraient être partagés avec le reste du monde pour en rapporter des revenus dont il a grandement besoin. Malheureusement, dans les nombreuses chansons déjà produites par les différents noms qui prétendent représenter aujourd’hui la musique burundaise moderne, OU EST LE TRAVAIL DE DEVELOPPEMENT ET D’INTERNATIONALISATION DE NOS STYLES MUSICAUX : Inanga, Umuduli, Ikembe, Indonongo, Imvyinos, tout comme nos belles danses ?

Ce n’est pas sans raison que l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA présente en ce moment à nos artistes une orientation nouvelle devant guider le travail des auteurs-compositeurs burundais. L’espoir qui avait été donné par les musiciens de la première génération dans les années 70-80 avec l’orchestre national et l’orchestre Amabano n’est plus ressenti dans les créations musicales d’aujourd’hui. Tous les soi-disant « Producteurs burundais » n’ayant aucune expérience dans la recherche ethnomusicologique ne peuvent que diriger leurs inspirations et leur efforts sur ce qu’ils entendent vibrer sur les médias internationaux, et pas plus. Où va la musique burundaise alors ?

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B.P. 197 Gitega, Burundi
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REDRESSER le Secteur de la Musique burundaise perturbé Suite à l’Exode Massif des Talents Musicaux vers les Pays Étrangers

REDRESSER le Secteur de la Musique burundaise perturbé
Suite à l’Exode Massif des Talents Musicaux
vers les Pays Étrangers

A l’heure où le public et les mélomanes burundais s’inquiètent et se plaignent de la situation actuelle du secteur de la musique burundaise après les événements qui ont perturbé la capitale du Burundi l’an dernier, notre rédaction s’est entretenue avec le Directeur de l’Institut de Musicologie de Gitega, spécialiste en la matière, pour savoir s’il y aurait des solutions envisagées pour redresser ce secteur.

REDACTION : Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, vous êtes directeur de l’Institut de Musicologie de Gitega, seule institution spécialisée en musique opérant actuellement au Burundi. Le secteur de la Musique burundaise est souffrant, agonisant même, après l’exode massif de la majeure partie des talents musicaux vers les pays étrangers suite aux événements tristes qui ont secoué la ville de Bujumbura l’an dernier. Auriez-vous une parole de réconfort non seulement pour les musiciens, mais pour les Burundais en général ?

Mgr. JUSTIN : C’est vrai, la réalité est là, quoique difficile à digérer et dure à supporter : des dizaines d’artistes musiciens burundais se sont exilés dans les pays limitrophes et plus loin encore suite aux événements que vous mentionnez qui ont frappé la capitale Bujumbura l’an dernier. Avec eux également, ce sont des producteurs de musique (amateurs) installés depuis bien avant au Burundi, qui ont suivi le courant. Le secteur de la Musique au Burundi qui a été ainsi profondément perturbé et secoué, appelle aujourd’hui une intervention avec un programme robuste de redressement, par de grands moyens au moment où un grand sentiment de désespoir remplit jour après jour les cœurs de nos artistes restés au pays. L’Institut de Musicologie de Gitega, fidèle à sa mission culturelle, est très sensible à la situation et se dispose à agir pour y remédier.

REDACTION : Concrètement, que voulez-vous signifier par là ?

Mgr. JUSTIN : Tout ceci survient, vous le savez aussi, alors que la Musique burundaise moderne, traînant encore ses pas pour parvenir à une identite culturelle concrète, n’avait justement pas encore pris une structure moderne bien définie pouvant représenter notre art de chant sur les podiums internationaux. A part les travaux de recherche ethnomusicologique entrepris par l’Institut de Musicologie de Gitega depuis 2014, force est de constater qu’aucun des musiciens partis en exil et ceux qui restent au pays n’y avait encore été initié. Et les travaux routiniers de composition musicale au hasard et de production à la va-vite d’albums non mûris ne peuvent guère constituer une fondation solide sur laquelle nous pourrions compter pour propulser le secteur musical au Burundi vers un avenir prometteur. C’est pourquoi, l’Institut de Musicologie de Gitega prévoit de lancer un vaste programme de redressement en faveur des musiciens actuellement présents au pays, en les organisant et leur faisant acquérir de nouvelles connaissances et capacités comme chercheurs en ethnomusicologie qui alimenteront leurs talents naissants et encore inactifs, en vue d’un vrai travail artistique de qualité.

REDACTION : Intéressant, ça ! Pourriez-vous nous en parler en détail ?

Mgr. JUSTIN : Le projet que nous avons mis au point pour cette intervention curative du secteur musical au Burundi comprend les volées suivants :
PREMIÈREMENT: Nous prévoyons d’organiser trois ateliers de formation (15 jours chacun) sur trois mois successifs, consacrés aux études sur la recherche ethnomusicologique à mener au Burundi telle qu’elle est préconisée dans mon nouvel ouvrage intitulé « Musiques Traditionnelles, Vocales et Instrumentales, du Burundi ». Ces travaux seront accompagnés par un programme effectif de recherche sur terrain au sein des diverses musiques traditionnelles sur toutes les régions du pays. Aussi, 30 journalistes culturels représentant les principaux médias y prendront part et devront accompagner le projet jusqu’à la fin. Cette recherche débouchera sur la seconde étape qui est la suivante:

DEUXIÈMEMENT : La Production de trois (3) albums musicaux qui serviront de modèles à tous les musiciens burundais dans la nouvelle orientation de travail que nous voudrions leur donner.

REDACTION : Apparemment, ce sont de nouvelles choses auxquelles les artistes burundais n’étaient pas habitués. Pensez-vous qu’il vous sera facile de leur inculquer ces nouvelles notions et méthodes scientifiques de travail dans la production musicale ?

Mgr. JUSTIN : Nous y parviendrons absolument. L’adage Kirundi « Ushaka umubira abira akuya » nous y encourage. Si nous désirons redresser réellement le secteur de la Musique burundaise, nous devons placer la barre très haut pour nous démarquer des pratiques anciennes qui n’ont fait que la gangrener et la paralyser éternellement. Nous choisirons de jeunes musiciens ayant un niveau d’études suffisant (humanités) qui pourront comprendre les enseignements qui seront donnés. Et puis, n’oubliez pas qu’en même temps, il y a d’autres étudiants en musicologie qui sont en formation à l’Institut de musicologie de Gitega et qui nous rejoindront.

REDACTION : N’avez-vous pas pensé à faire un suivi d’encadrement des artistes qui auront été formés et donner également une formation aux producteurs musicaux parce qu’ils ont joué et joueront toujours un rôle capital dans la promotion de la Musique burundaise ?

Mgr. JUSTIN : C’est le point que j’allais justement aborder. Nous prévoyons dans ce projet, un programme d’une année après la formation des 20 musiciens sélectionnés , qui consistera à les encadrer, les accompagner et les assister dans la production de leurs propres albums musicaux s’inspirant des modèles fournis. Ceci se fera parallèlement avec la quatrième étape qui sera celle d’organiser deux(2) séminaires annuels (15 jours chacun) de formation professionnelle intense à l’intention des producteurs musicaux amateurs opérant au Burundi. Ils devront en effet s’imprégner aussi de la vision et de la méthodologie de travail que l’Institut de musicologie de Gitega lance en vue d’une véritable promotion de notre musique.

REDACTION : Vous avez parfaitement raison. Presque tous nos producteurs musicaux actuels ne sont que des amateurs qui travaillent en tâtonnant.

Mgr JUSTIN : Et enfin viennent deux autres points également utiles dans notre projet. Il s’agit de l’organisation mensuelle de concerts sponsorisés où les différents nouveaux musiciens formés présenteront chaque fois au public burundais leurs chansons composées toujours sur les modèles nouveaux d’œuvres musicales créées à partir des recherches au sein de nos musiques traditionnelles, qui pourront alors êtres lancées sur le marché des musiques du monde.

REDACTION : Fantastique ! Et ainsi la véritable musique burundaise moderne dans ses vrais styles travaillés par tous les musiciens en synergie percera les horizons des marchés et des festivals mondiaux, n’est-ce pas ?

Mgr. JUSTIN : Absolument nous devrons y arriver. Un suivi sera également fait à travers des consultations trimestrielles d’évaluation des progrès réalisés par le projet. Mais notre plus grand souhait encore est de pouvoir organiser, en marge de ce projet, le PREMIER FESTIVAL DES MUSIQUES TRADITIONNELLES DU BURUNDI, auquel participeront 180 artistes musiciens/chanteurs/danseurs représentant tous les sillons de l’art musical burundais traditionnel dans toutes les régions et provinces. Cet événement nous permettrait de découvrir la dimension du champ artistique des musiques sur lesquelles nous allons travailler.

REDACTION : Et le budget, il doit être immense ! Auriez-vous déjà approché d’éventuels bailleurs pour essayer de collecter les financements nécessaires ?

Mgr. JUSTIN : C’est ce que nous faisons depuis un certain temps et continuons de faire en ce moment aussi. Nous ouvrons toutes larges nos portes de coopération à tous les AMIS DE LA MUSIQUE BURUNDAISE, aux Organisations nationales et internationales œuvrant dans le secteur culturel et souhaitant s’associer à nous ou simplement nous épauler dans ce projet.
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AHO GA URABIKA, RUSAKE? (L’Inanga à l’honneur!)

AHO GA URABIKA, RUSAKE?
(L’Inanga à l’honneur!)

Musique traditionnelle des nocturnes silencieuses en famille, l’art de l’INANGA s’est longtemps développé essentiellement dans les enclos (Rugo) du Burundi ancien, mais s’est vite démarqué comme « Musique-choix spécial des princes et des rois ». Chez les enfants, l’habitude s’était déjà gravée dans la mémoire comme quoi lorsqu’un vieux prenait son INANGA, il fallait vite le suivre et s’asseoir autour de lui pour écouter « Les riches récits du passé et les nombreux conseils et leçons de sagesse » qu’il allait chanter à leur intention. Raison pour laquelle les jeunes ont aussi aimé cet instrument, l’adoptant finalement comme le leur.

« AHO GA URABIKA, RUSAKE » est, semble-t-il, un morceau musical composé sous la colonisation allemande par un vieux joueur de l’INANGA qui avait raté le rendez-vous d’aller se faire primer à la cour royale en compagnie d’autres amis de sa région. Ce qui ne pouvait que lui causer une amertume sans fin, car les autres en étaient revenus, comme d’habitude, conduisant des têtes de gros bétail en grand nombre. En effet, son coq (instrument naturel burundais de référence marquant l’heure de départ très tôt le matin) n’avait pas chanté comme d’habitude pour le réveiller à temps. Il s’était endormi tardivement enivré de joie dans l’attente du lendemain.

Une nouvelle occasion se présentant, le vieil artiste candidat prend soin cette fois-ci de donner à son oiseau suffisamment de grains de sorgho à picorer afin qu’il agisse et chante l’heure habituelle arrivée. Impatient de l’entendre finalement chanter, notre artiste décide de ne pas dormir et de passer toute la nuit à jouer de l’INANGA aux côtés de son coq en le maudissant par tous les dieux pour l’empêcher de sommeiller. Drôle, mais plein de sens !

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Umutwenzi wagutanze, Na Rusake ntigutange
Nya gutabagurwa n’ibisiga !
Nya gutabagurwa n’ubuyongwe!
Nya gutabagurwa n’ibisiga
Nya gutabagurwa n’ubuyongwe

Sake yagutanze n’umutwenzi ntugutange
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Umutwenzi wagutanze, na Rusake ntigutange
Nya gutabagurwa n’ibisiga, Nya gutabagurwa n’ibisiga!
Nya gutabagurwa N’ubuyongwe!
Nya gutabagurwa n’ibisiga!
Nya gutabagurwa N’ubuyongwe!

Sake yagutanze
N’umutwenzi ntugutange
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!
Nya gutabagurwa N’ibimwenyi!

Oui, une histoire peut-être banale mais qui véhicule indirectement un grand message destiné à corriger toute la société burundaise et s’adressant à la fois :
– aux enfants qui ne remplissaient pas correctement leurs devoirs alors que les parents se donnaient corps et âme pour leur survie ;
– aux hommes malhonnêtes occupant de hautes responsabilités et se faisant toujours monnayer par des cruches de vin de banane ou de bière de sorgho, pour ne rien faire finalement en faveur de la cause de leurs clients-victimes.
– A certaines femmes aussi parfois absentes dans leurs responsabilités ménagères.
Nous trouvons ici un grand poème socio-politique sous une expression lyrique revêtue de symboles forts où le musicien-interprète finit lui-même par souhaiter que ce « COQ » qui qu’il soit, finisse ses jours dévoré par des oiseaux prédateurs ou par la belette.

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« NOUVELLES MUSIQUES » POUR LA SAUVEGARDE DE L’ART CHORÉGRAPHIQUE DES DANSES BURUNDAISES

« NOUVELLES MUSIQUES » POUR LA SAUVEGARDE DE
L’ART CHORÉGRAPHIQUE DES DANSES BURUNDAISES

Avec l’explosion du mouvement des « CLUBS DE DANSES TRADITIONNELLES » il y a environ trois décennies, les fans de la musique et de l’Art chorégraphique du Burundi avaient poussé un « ouf ! » de soulagement, convaincus que ces deux secteurs de notre culture allaient enfin marquer un pas décisif remarquable dans leur développement. Etant étroitement liées et pratiquement indissociables, notre musique et nos danses traditionnelles ne peuvent se développer de manière séparée sous risque de les retrouver tout simplement déformées, chacune au profit d’apport artistiques exotiques inconnus des Barundi.

Sachant par ailleurs que ces deux arts sont complémentaires dans le processus de maintenance d’une ethnomusicologie se démarquant des mélanges importés pouvant la détruire, il est de notre devoir de lutter pour garder leur cohésion. Nous exprimons ici nos profonds remerciements vis-à-vis de tous les « CLUBS DE DANSES » du Burundi pour la bonne initiative et les efforts qu’ils ont consentis dans ce domaine quoique devant encore faire face à de nombreux défis. Aussi n’oublions pas non plus que tous les styles musicaux particulièrement dans les cultures africaines, afro-américaines et antillais, se sont généralement et exclusivement développés en s’appuyant sur une ou plusieurs rythmiques des danses existantes et connues dans leurs sociétés. Ce principe-clé, a-t-il échappé à l’attention des artistes burundais actuels ?

En parlant ainsi, que voudrions-nous signifier au juste ? Depuis bon nombre d’années en effet, certains « CLUBS DE DANSES » du Burundi, pour des raisons non encore élucidées, nous font assister à une métamorphose forcée de nos danses traditionnelles vers des styles mélangés avec des apports étrangers qui ont fini par en effacer près de cinquante pour cent de la saveur de notre originalité chorégraphique. A certains moments, en effet, l’on remarque ici et là qu’un pas, un geste ou un mouvement faits par les danseuses ne sont pas tout à fait ceux que feraient à la même action les danseuses traditionnelles de nos villages dans la campagne. Cela constitue un début de perte de l’identité culturelle.

Le Murundi de la diaspora, par exemple, quoique éloigné de sa terre natale, porte toujours dans son cœur les accents originaux de cette musique et de ces danses qu’il a connues autrefois étant encore au pays. C’est cela que son cœur réclame et voudrait revivre quand il regarde une vidéo produite par nos Clubs de danses. Il a besoin de se sentir emporté par le pas et le rythme réels non réduits reflétant concrètement sa culture. Cultiver un modernisme chorégraphique est bon, mais cela ne doit en aucun cas prétendre effacer les valeurs originales de nos danses par ailleurs riches en couleurs et accents introuvables ailleurs. Et quels que soient le degré ou le niveau d’expertise des chorégraphes instructeurs de ces Clubs, un retour aux sources de nos danses s’impose afin de réapprendre avec exactitude les règles et techniques naturelles traditionnelles de la chorégraphie burundaise. Elles existent bien sûr !

Et que devrait maintenant et concrètement être l’apport et l’appui des « Nouvelles Musiques Burundaises Modernes » dans cette démarche que nous préconisons pour la SAUVEGARDE  DE L’ART CHORÉGRAPHIQUE DE NOS DANSES TRADITIONNELLES ?

Pour avoir cherché à évoluer seule sans l’appui des rythmiques et caractéristiques spécifiques de nos danses, la Musique burundaise moderne, elle aussi, nous l’avons tous vu, a fait naufrage et est petit à petit devenue un art sans identité, vivant des emprunts faits à gauche et à droite par nos musiciens sous le vent d’inspirations hasardeuses qui l’ont finalement engloutie. Qui des musiciens burundais de la génération actuelle s’en rend compte ? Pourquoi se pressent-ils à pondre au jour le jour une infinité de chansons sur d’autres rythmes qui ne sont pas de leur culture ? REPONSE : tout simplement parce qu’ils ont sous-estimé et par là perdu leurs propres valeurs artistiques. Ils restent esclaves de tous les vents artistiques qui sollicitent leur oreille irresponsable.

Nous tenons ici à exprimer une fois de plus nos vives félicitations et nos encouragements à l’artiste Burundais HAKESHIMANA Jérémie évoluant en Belgique, qui est créateur du style musical « UMUDIDIZO » inspiré de la musique du mortier et du pilon tirée de sa région natale de l’Imbo-Mumirwa au Burundi. Jérémie fait un travail remarquable que les Burundais de la diaspora devraient soutenir et montrer comme exemple à suivre par plusieurs autres de nos jeunes musiciens ici non encore expérimentés qui pensent réussir en revêtant la peau des styles musicaux nigérians ou autres. En écoutant sa musique, l’on ressent que l’UMUDIDIZO (les coups de pilon dans le mortier plein de manioc sec) est vraiment présent, exprimant avec profondeur l’ardeur du Murundi laborieux vivant de son propre travail et de ses propres forces.

En vue de tracer la voie pour des solutions efficaces à cette problématique, Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, Directeur de l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en collaboration avec son confère NGABO Léonce, projettent d’organiser ensemble un ATELIER NATIONAL SUR LA DANSE ET DE LA MUSIQUE BURUNDAISES auquel prendront part les chorégraphes et danseuses des « Clubs de danses » opérant au Burundi, ainsi que des musiciens burundais traditionnels et modernes. Nous demandons un soutien et un appui de la part des Burundais de la diaspora.

NOS OBJECTIFS :

– Jeter un coup d’œil exhaustif sur toutes les constructions rythmiques des différentes danses traditionnelles burundaises, les analyser, les parcourir et les découvrir ;
– Dégager des règles et principes naturels régissant les techniques de nos différentes danses telles que créées par nos ancêtres ;

– Lancer un Projet national de production de « Nouvelles Musiques » à caractère tradi-moderne s’appuyant sur ces rythmiques de nos danses traditionnelles afin de les perpétuer et les véhiculer correctement dans le cœur des générations à venir.

L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA ouvre les portes pour la coopération avec tous les partenaires culturels intéressés souhaitant s’impliquer dans ce travail.

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LES GRANDES DATES QUI ONT MARQUE L’HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE. (1ere Partie)

LES GRANDES DATES QUI ONT MARQUE
L’HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA
MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE.
(1ere Partie)

Elle a une histoire actuellement bien connue, et cela nous honore tous en tant que Burundais. Elle, c’est bien sûr NOTRE MUSIQUE dont nous cherchons à tout connaître afin d’en donner toute la lumière aux nouvelles générations qui n’ont pas connu les premières années de sa gloire et qui ont difficile à établir une succession chronologique des faits. Voici en quelques lignes les grandes dates illustrant le parcours de l’histoire de sa naissance. Pour de plus amples informations, le lecteur intéressé pourra se référer à l’ouvrage « De l’Inanga à la Guitare Classique-Une Histoire de la Naissance de la Musique Burundaise Moderne » de Mgr. Justin Baransananikiye, directeur de l’Institut de Musicologie de Gitega.

1962 : Composition de l’Hymne National du Burundi « Burundi bwacu » par l’Abbe Marc Barengayabo et première exécution publique le 1er Juillet lors de l’accession du Burundi à l’Indépendance.
1963-1964 :
– Création de l’orchestre « Vox Burundi », premier groupe musical burundais à Buyenzi sous la direction de Paul Harerimana et composition de la première chanson moderne en Kirundi « Kayengayenge k’umugore ».
– Création de la première fanfare de la Jeunesse Nationaliste Rwagasore (future JRR) à Kamenge.
– Création de différents autres petits groupes musicaux à Bwiza (Jaguar, Amis Jazz, etc) autour du cercle constitué par Kithantos Léon et Alonzo.
– Création des premiers groupes musicaux musulmans à Buyenzi (Jasmin et Shani Musical Club) autour de Saïdi, et à Rumonge (Rumonge Jazz).
1970 :- Naissance du célèbre duo Shungura Pancrace et Ndenzako Michel auteurs-compositeurs et interprètes de « Nafashe urugendo » et « Murondo uri mu rugero ».
1973 :- Organisation du tout premier concours musical à l’échelon national, baptisé « Pirogue d’Or de la Chanson » par la Radiodiffusion nationale du Burundi, et remporté par Ngabo Léonce sur la chanson « Sagamba Burundi ». Une deuxième et une troisième versions de ce concours seront de nouveau organisées en 1974 et en 1978.
1974 :- Création du groupe musical « Akezamutima » à Bwiza par Augustin Ndirabika. C’est ce noyau qui devient plus tard le premier Orchestre national du Burundi.
1977 :
– Création du premier Orchestre national du Burundi au Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, composé de : Ngabo Léonce, Kirundo Gérard, Adolphe Bigirimana, Evariste Niyonzima, Justin Baransananikiye, Augustin Ndirabika, Michel Bankamwabo, Magloire Nibigirwe (alias Buddy) et Aloys Ndahigeze.
– Organisation du Concours national de promotion de la Musique Burundaise modernisée par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture et remporté par Canjo Amisi sur la chanson « Ntacica nk’irungu » (en solo) et le duo de Barakamfitiye et son compagnon (catégorie des chansons en groupe).

1978 :
– Arrivée au Burundi de David Nikiza avec son groupe « Explorers » qui devient l’orchestre AMABANO de la radiodiffusion nationale du Burundi avec ses grands musiciens, Rugerinyange Antoine-Marie (alias Africanova), Antoine Ntiruhwama (alias Tanga), Tula wa Lupini, John Kagenda, Super wa Super, et David Nikiza lui-même.
– Naissance du groupe « Ntahangwa River » sous la direction conjointe de Christophe Matata, Guillaume et Burikukiye Prosper (alias Bahaga). Ce groupe deviendra progressivement « Mihigo des Grands-Lacs », « Imboneza » puis « Africa Nil band ».
– Canjo Amissi quitte l’Orchestre national pour rejoindre l’orchestre Amabano.
– L’Orchestre Amabano gagne le trophée du Concours musical international « MOULIN D’OR » organisé par Radio Nederland sous la supervision de Manu Dibango.
1979 :- Dislocation du premier Orchestre national et de l’Orchestre Amabano.

1981:- Canjo Amissi gagne le concours DECOUVERTES 81 de Radio France Internationale et le prix CALAO.
1986 :- Création de l’Amicale des Musiciens du Burundi par Ngabo Léonce.

INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA
B.P. 197 Gitega, Burundi
Tel : +257 79 877 097
E-mail : baransajust@gmail.com
https://musicologygitega.wordpress.com

RETROUVAILLES (2ème partie): NGABO Léonce et Mgr. Justin BARANSANANIKIYE

RETROUVAILLES (2ème partie):
NGABO Léonce et Mgr. Justin BARANSANANIKIYE,

L’AMICALE DES MUSICIENS DU BURUNDI,
UN POINT DE DEPART DECISIF POUR RENDRE SERVICE A NOTRE MUSIQUE ET AUX MUSICIENS BURUNDAIS AUJOURD’HUI.

(En affiche : NGABO Léonce avec Mgr. Justin BARANSANANIKIYE
à L’hôtel ACCOLADE de Gitega)

Dans cette seconde partie consacrée aux RETROUVAILLES de NGABO Léonce avec son ancien compagnon de la scène musicale, Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, nous les entendrons parler des questions beaucoup plus profondes visant l’action immédiate qui est requise dans l’œuvre de revalorisation et de promotion de la Musique Burundaise moderne. En effet, en créant l’AMICALE DES MUSICIENS DU BURUNDI, Ngabo Léonce a accompli une œuvre grandiose et inoubliable qui est d’ailleurs déjà inscrite dans les anales de l’histoire de la musique Burundaise moderne (cfr. L’ouvrage « De l’Inanga a la Guitare Classique, une Histoire de la naissance de la Musique Burundaise Moderne » de Mgr. Justin Baransananikiye). Cette Association culturelle a aujourd’hui trente (30) ans d’existence. Dans le premier article, Ngabo Léonce et Mgr Justin avaient parlé de leur vision commune de tout faire pour aider l’Amicale à rendre service à notre musique et aux musiciens burundais.

« Analysons concrètement les questions auxquelles elle est appelée à faire face AUJOURD’HUI », se disent-ils avec son interlocuteur Justin. Ensemble ils relèvent les point cruciaux suivants :

a) L’Amicale des Musiciens du Burundi a-t-elle déjà pris en mains la question incontournable de formation des musiciens burundais dans des écoles de musique reconnues compétentes? Non. Ngabo Léonce et Mgr. Justin constatent qu’aussi longtemps que nos musiciens ne seront pas formés sérieusement, la musique burundaise souffrira toujours de pas mal de manquements dans le processus de son développement. Comment déclencher la mise en œuvre de cette valeur et faire vraiment comprendre à nos musiciens qu’ils doivent obligatoirement passer par là pour réussir?

Sur ce point, Mgr. Justin précise qu’en créant l’Institut de Musicologie de Gitega en 2014, il avait dès le départ inscrit parmi les sept (7) points de sa mission deux projets importants au profit des musiciens burundais, à savoir :
– La formation des jeunes musiciens du Burundi en leur donnant des connaissances théoriques et pratiques en matière de Musique, enrichies par une recherche systématique sur les « Musiques d’aujourd’hui », qui leur permettraient de produire un travail professionnel original, de qualité et acceptable selon les normes de cet Art.
– Un projet visant à épauler les jeunes talents musicaux burundais en leur offrant une assistance dans la transcription et l’harmonisation de leurs œuvres musicales.

A notre époque dans les années 70, poursuit Ngabo, le gros des musiciens burundais avaient fait les humanités générales où ils avaient été formés à appliquer les principes de base de la musique moderne, le solfège et la pratique correcte de certains instruments, raisons pour lesquelles d’ailleurs leurs productions musicales portaient un cachet de recherche et de respect des normes de la composition musicale et des arrangements harmoniques. Tous ces aspects ont malheureusement été complètement perdus dans les années 80. Et Mgr. Justin de constater avec amertume que le musicien burundais ne sachant plus où aller ni que faire exactement, a alors choisi d’imiter tout ce qu’il trouvait sur les radios et cassettes, etc, comme chansons et rythmes modèles en vogue. Et tout cela, sans jamais avoir pris conscience qu’il avait un art musical propre à lui qu’il était appelé à exploiter, à défendre et à développer. Mgr. Justin souligne que jusqu’à ce jour, aucun des musiciens burundais connus sur la scène n’a encore pris le chemin de l’Institut de Musicologie de Gitega. « Nous n’avons que des candidats désirant se préparer à devenir enseignants du cours de musique !», conclut-il.

Même si on les y encourageait, reprend Ngabo Léonce, en les aidant, par exemple, avec un soutien financier pour les frais de minerval et des fournitures scolaires, plusieurs resteraient encore réticents. La raison est claire, précise-t-il : les musiciens burundais sont en grande partie des jeunes sans emploi, vivant difficilement en tâtonnant au jour le jour avec de petits métiers à gauche et à droite. La plupart ont d’ailleurs déjà fondé leur foyer (quoique trop jeunes pour cela) et leur demander d’aller à l’école signifierait les obliger d’abandonner les responsabilités familiales. Mgr. Justin suggère d’aller plus loin : Et si, dit-il, en même temps qu’on leur offrirait un soutien pour les études musicales à Gitega, on les organisait en petites associations commerciales ou de production agricole (tenues par leurs épouses bien sûr) qui leur permettraient de gagner quelque chose pour la survie de leurs familles, je pense que ce serait une des solutions éventuelles qu’ils accepteraient, peut-être.

b) La formation à l’Institut de Musicologie de Gitega n’est certainement pas à la portée de tous, étant donné que cet établissement de niveau supérieur ne recrute que des finalistes de l’enseignement secondaire et plus. Ngabo Léonce propose alors que dans les projets à envisager avec Mgr. Justin, l’on pourrait entre autre organiser des ateliers de formation de deux à trois semaines touchant des domaines variés, par exemple, LA FORMATION VOCALE, LA FORMATION DES PIANISTES, LA FORMATION DANS L’ART DE COMPOSER, LA DECOUVERTE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE DANS SES SPECIFICITES ET LA METHODOLOGIE DE LEUR DEVELOPPEMENT DANS LE CONTEXTE MODERNE, etc.

Mgr. Justin ajoute quant à lui qu’on y ajouterait une formation dans l’entreprenariat musical sur LES METIERS DE LA MUSIQUE que plusieurs ignorent mais qui pourraient les aider à se créer eux-mêmes des professions bien organisées et rémunérées. On pourrait également leur donner une formation dans la gestion des ensembles musicaux où ils apprendraient à travailler en groupes de soutien mutuel pour organiser des concerts à travers le pays, produire et vendre des albums ensemble au lieu d’évoluer individuellement comme ils le font aujourd’hui. Avec la participation de certaines personnes bien disposées à donner des garanties pour ces efforts, l’on pourrait même, ensemble avec l’Amicale, approcher des institutions bancaires pour contracter de petits crédits permettant d’entreprendre ces projets et les développer sur un long terme.

Enfin, Ngabo Léonce et Mgr. Justin trouvent qu’il est urgent d’organiser notamment des kermesses et autres rencontres avec plusieurs personnalités dans les milieux d’affaires burundais et des donateurs indépendants (nationaux et internationaux) afin de leur expliquer en détail cette vision et son bien fondé pour la promotion de la Musique et de la culture burundaises en général, et solliciter leur appui.

ARI MU BIKINGA AZOZA : Le Travail quotidien de la Femme Burundaise Chanté par Rose Twagirayezu avec le premier Orchestre National du Burundi, 1978.

ARI MU BIKINGA AZOZA :
Le Travail quotidien de la Femme Burundaise
Chanté par Rose Twagirayezu avec le premier Orchestre
National du Burundi, 1978.
(Rose Twagirayezu a gauche sur la photo)

Quelle beauté, quelle chaleur sont répandues par cette douce mélodie avec ses paroles apparemment simples, mais directes et profondes ; Et, surtout, quels beaux souvenirs sont réveillés de notre enfance autrefois sur nos belles collines peuplées de troupeaux de vaches, richesse traditionnelle de notre Burundi ancien ! Rose Twagirayezu le savait très bien. Elle savait qu’en chantant « ARI MU BIKINGA AZOZA », elle allait toucher le cœur de tout Murundi, au vrai sens du terme, sur l’étendue infinie des années et au travers de toutes les générations, tant qu’existerait son Burundi qu’elle a tant chéri et qu’elle décore chaque fois à travers toutes les chansons IMVYINO traditionnelles où elle a mis sa douce voix au service d’un art qui lui est resté cher jusque dans sa vieillesse. Elle était bien là avec nous dès la fondation du premier orchestre national en 1977, quoique n’ayant pas apparu immédiatement au début avec les grands Kirundo Gérard, Adolphe Bigirimana, Ndirabika Augustin, Magloire (Buddy), Justin, Aloys Ndahigeze, Evariste Niyonzima, et Ngabo Léonce.

ARI MU BIKINGA AZOZA!

Azoza, ari hehe, ari hehe ? (Ari mu Bikinga azoza)
Azoza, n’aze, arakaza,…
Azoza, none ko ataza,…
Azoza, ari kwahira, azoza,…
Azoza, Je sindamuhebura, …

Ari mu Bikinga bikinga amariza
Ari iwabo wa Senge (Ari mu Bikinga azoza)

Azoza, ari hehe, ari hehe ? (Ari mu Bikinga azoza)
Azoza, ari gukubita uburo,…
Azoza, Yogukuyakuya mu nda,…
Azoza, Ngo ari guca ivyo, azoza,…
Azoza, akube igisabo,…

Ari mu Bikinga bikinga amariza
Ari iwabo wa Senge (Ari mu Bikinga azoza)

Azoza, ngo ari hehe, ari hehe? (Ari mu Bikinga, azoza)
Azoza, ngo avumbure uruyange, …
Azoza, ngo akubure inzu y’inka,…
Azoza, ngo asharize uruhimbi,…
Azoza, ngo asharize ibirimba,…
Azoza, noneho ejo azoza,…

Ari mu Bikinga bikinga amariza
Ari iwabo wa Senge (Ari mu Bikinga azoza)

Azoza, ngo ari hehe, ari hehe?
Azoza, ngo ace icarire c’inka,…
Azoza, ngo ansasire ya ndava,…
Azoza, yahire uruyange,…
Azoza, ngo akubite ikizenga,…

Ari mu Bikinga bikinga amariza
Ari iwabo wa Senge (Ari mu Bikinga azoza)

Histoire d’amour d’un mari qui attend impatient le retour de son épouse chérie, “ARI MU BIKINGA AZOZA” est une consolation d’autres femmes qui chantent pour donner espoir au mari, lui lançant un appel à la fidélité: « TRANQUILLISE-TOI, ELLE N’EST PAS PARTIE, ELLE EST CHEZ SA TANTE, ELLE REVIENT BIENTOT T’INONDER DE CARESSES (Yogukuyakuya mu nda). Mais, oui, ça se disait toujours ainsi poliment et sous des formes symboliques dans le Burundi traditionnel.
Mais la grandeur de cette chanson réside surtout dans la louange méritée qui est donnée à la femme burundaise, responsable irremplaçable dans ses divers rôles au foyer. Kwahira, gukubita uburo, gukuba igisabo, kuvumbura uruyange, gukubura inzu y’inka, gushariza uruhimbi, gushariza ibirimba, QUEL GRAND HONNEUR POUR LA FEMME BURUNDAISE ! Sans elle, toutes ces activités s’arrêtaient !

La voix de Rose Twagirayezu à elle seule constitue un patrimoine traditionnel à sauvegarder sur les supports audio-visuels pour en faire une référence devant la génération montante de jeunes chanteuses burundaises. Ancienne élève de l’Ecole Moyenne Pédagogique de Busiga en Province de Ngozi vers la fin des années 70, toutes ses condisciples qui l’ont bien connue comme grande animatrice culturelle de l’école, témoignent encore aujourd’hui que la profession de chanteur était le grand rêve qui la tentait et qu’elle voyait s’accomplir un jour au loin dans son avenir. Et, évidence s’impose, dès la création du premier orchestre national et de la première troupe de danseuses du Ministère de la Culture, Rose est là, fermement engagée à donner à la fille burundaise une place de choix dans la promotion de la Musique burundaise moderne.
LES VOIX QUI RÉPONDENT SONT CELLES DE: Sidonie Nzeyimana, Goreth Habonimana, Chantal Niyibizi et Pélagie Cishahayo.

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GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE : La grande Responsabilité des ‘Jury’ des Concours Musicaux au Burundi.

GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE :
La grande Responsabilité des ‘Jury’ des Concours
Musicaux au Burundi.

(EN AFFICHE: Canjo Amissi, Africanova, Nikiza, Ngabo Leonce et Justin Baransananikiye)

Une seule guitare sèche, deux voix masculines bien coordonnées, voilà tout ce qui constitue cette célèbre chanson présentée par deux étudiants de l’Université du Burundi, et qui a été primée dans la catégorie des chants en groupe lors du Concours National de Promotion de la Musique Burundaise organisé par le Ministère de la Culture début Juillet 1977. Rappelons aussi que c’est lors de cet événement culturel que Canjo Amissi a gagné le premier prix dans la catégorie des chants en solo avec son hit « Ntacica nk’irungu ».

Le Jury de ce Concours, constitué de l’Abbé Marc Barengeyabo, Ngabo Léonce, Ndenzako Michel (directeur de la chorale de la cathédrale Regina Mundi), Ignace Mageregere (Organiste à la même cathédrale), Justin Baransananikiye (ancien professeur de Musique), Ndirabika Augustin (fondateur de l’Orchestre Akezamutima et poète) et de Sylvestre Ntambutso (directeur du département des Arts et de la Culture), n’était pas moindre quant à la compétence requise pour une tâche artistique de ce niveau.

REDACTION : Mgr. Justin Baransananikiye, en tant que membre de ce Jury, quels ont été les principaux facteurs et critères qui vous ont conduit, à l’unanimité, à primer « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE » ?

Mgr. JUSTIN : Trois facteurs essentiels :
– Sa simplicité artistique musicale originale et inédite, à la fois du point de vue vocal (deux ténors masculins très doux, aux voix expressives et équilibrées) et instrumental (une seule guitare sèche jouée sur des accords simples sans alourdissements) ;
– Son expression linguistique dans un KIRUNDI professionnel correct au point de vue grammatical et littéraire ;
– Le grand message patriotique qu’elle transmet au public. Voilà.

REDACTION : Mais quand vous parlez d’ « originale et inédite », c’est pour signifier quoi précisément ?

Mgr. JUSTIN : Ces deux termes sont toujours liés dans le travail d’appréciation confié à un Jury lors des compétitions musicales. L’originalité est cet aspect qui fait éclater la grandeur du génie créateur d’un artiste. En effet, tout compositeur possède un talent personnel inné, mais tous ne parviennent pas à creuser de la même manière dans les profondeurs de l’art créateur musical pour en ressortir avec des hits que les mélomanes n’oublieront jamais. L’inédit, par contre relève de la nouveauté dans la mélodie, le rythme et même dans le thème chanté : pas de copie, pas de plagiat comme on dirait en littérature. En jetant un coup d’œil sur les cinq auteurs-compositeurs Burundais sur la photo en affiche, vous pouvez bien vous-même, en tant que fan de la Musique burundaise moderne, faire une nette distinction entre eux sur base du caractère original et inédit de leurs chansons.
GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE
Gahugu kanje keza nakunze
Kama ku mutima
Uri gatoya ufise ubutore
Be n‘intwaro y‘intwari
Urampimbara ntaco noguha
Nkwipfurije vyinshi

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira

Senga ry’insangi riva ku Mana
Kamwa amata n’ubuki
Warahahajwe, urahenagurwa
Mpore ntiwatemvye
Iyakuremye n’ikuzigame
Ntuzogwe mw’isanganya

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira

Urangwa ku mutima wa Afrika
Iteka n‘ itekane
Abo wavyaye urabegeranya
Nta murozi, nta mwansi
Azokwigera ahirahira
Ngo agukore mu kwaha

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira

Ewe Burundi abatakuzi
Bazotira akarembe
Bave kw‘ihanga bagane iyo uri
Wewe karaba uhore
Bazova iwacu
Bata amacumu baririmba bati :

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira.

REDACTION : Parlons maintenant du grammatical et du littéraire. Comment ces deux critères ont-ils joué dans l’attribution du prix de la catégorie des chansons en groupe à « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE ? »

Mgr. JUSTIN : Etant six dans ce Jury, nous ne portions pas le même regard sur les œuvres musicales présentées afin de leur attribuer une cotation. Non. Tenez :

– Marc Barengayabo, Docteur en Droit Canon et en Musique, dirigeait d’abord ses appréciations sur la portée philosophique des paroles chantées, leur sens profond et la projection de leur impact public aussi. Il le faisait comme un homme de loi analysant un Code des Lois face à une situation donnée. Cela ressortait clairement lors des débats de délibération.
– Ndenzako et Ndirabika, grands poètes et auteurs des paroles de plusieurs chansons très aimées à cette époque, se concentraient, eux, sur la beauté des poèmes chantés, sur les rimes et tournures linguistiques touchant le cœur, etc.
– Mageregere (Organiste) et Justin (pianiste et organiste de l’Orchestre national) avions l’oreille branchée tout droit sur les constructions harmoniques et la beauté de la musique et du chant en général.

– Mais il y avait un autre, Ngabo Léonce, première vedette burundaise de la chanson moderne depuis 1973 au « Concours de la Pirogue d’Or ». Lui, censurait sans pitié le savoir-faire des concurrents en matière de communication par l’expression musicale, leur puissance de s’attirer la sympathie du public par la voix, le regard et le jeu instrumental, sans oublier l’impression qu’ils donnaient tour simplement dès leur apparition sur scène. En effet, il y en a qui se présentaient comme des fonctionnaires et non comme des artistes, et cela n’échappait pas à l’œil de Ngabo !

REDACTION : Et quels conseils donneriez-vous aujourd’hui à tous ceux qui organisent des Concours musicaux dans notre pays quant à la mise sur pied d’un Jury compétent ?

Mgr. JUSTIN : Le gros vient d’être évoqué. Il s’avère cependant très important de souligner ceci : QU’ON FASSE ATTENTION DANS LE CHOIX DES MEMBRES DU JURY DE TOUT CONCOURS MUSICAL. Ce sont en effet les ‘Jury’ qui font de ce dernier une réussite ou un échec. Ce sont les ‘Jury’ qui, fort malheureusement, ont joué le triste rôle de désorienter les jeunes artistes burundais ces quinze dernières années. Et vous voyez où nous en sommes maintenant !

REDACTION : Comment ?

Mgr. JUSTIN : Tous les ‘Jury’ dans nos concours musicaux devraient savoir qu’ils ont le devoir primordial de promouvoir et développer la Musique Burundaise dans le respect de son originalité artistique, mais aussi dans son expression à travers notre langue KIRUNDI. Un ‘Jury’ du Burundi qui prime une chanson ne tenant pas compte de ces valeurs, qui bafoue notre langue et qui n’est qu’une copie des styles musicaux étrangers, doit savoir que les autres jeunes auteurs-compositeurs burundais vont immédiatement suivre cette orientation et imiter le lauréat en pensant que c’est l’idéal à rechercher. Nos artistes musiciens n’ont pas besoin d’imiter une Béyoncé pour être reconnus comme de grandes vedettes. Ils doivent plutôt créer des œuvres nouvelles que des musiciens étrangers viendront chercher et acheter chez nous comme cela s’est produit avec la chanson « Soul Makosa » de Manu Dibango dont un thème a été copié par Michael Jackson soulevant une grande affaire en justice.

REDACTION : Donc, faire attention de ne pas injecter n’importe qui dans un Jury musical, n’est-ce pas ?

Mgr. JUSTIN : Exactement. Par exemple, ce Jury que nous formions à l’époque de « NTACICA NK’IRUNGU » et « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE » avait la mission de tracer une piste de vol pour la Musique burundaise moderne encore naissante. Voyez l’impact que ces deux chansons primées ont eu sur la création musicale au Burundi sur les dix ans presque qui ont suivi. L’Orchestre national a suivi cette orientation. Même David Nikiza qui était encore au Kenya m’a écrit après avoir entendu nos premières chansons, me disant : « Mon frère, Justin, j’ai appris qu’il y a un Orchestre national qui vient d’être créé au Burundi et que tu en fais partie, avec pour mission de promouvoir notre musique nationale. Je me suis assigné la même mission ici au Kenya. On comparera donc les chansons que vous produirez avec les miennes, et l’on saura qui, de votre groupe ou du mien, satisfera les Barundi en leur donnant l’espoir de se tailler une place d’honneur au sein de la Musique africaine moderne. »

REDACTION : Vous étiez donc un Jury poursuivant une vision précise.

Mgr. JUSTIN : Oui. En primant « NTACICA NK’IRUNGU » (chanson igitito traditionnelle) nous faisions un clin d’œil aux compositeurs burundais pour se tourner vers notre musique traditionnelle pour la développer. Quant à « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE », en plus de sa valeur patriotique indéniable, nous voulions réveiller chez les artistes burundais l’envie de rechercher de beaux poèmes bien écrits et bien chantés dans notre langue. Que tous les Concours commencent désormais à se doter de Jury compétents ayant une vision précise.

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NOS INSTRUMENTS MUSICAUX TRADITIONNELS, INSTRUMENTS POUR LES ‘MUSIQUES DE DEMAIN’ ?

NOS INSTRUMENTS MUSICAUX TRADITIONNELS,
INSTRUMENTS POUR LES ‘MUSIQUES DE DEMAIN’ ?

Quand les grands artistes africains, Francis Bebey, Mory Kanté, Salif Keita et d’autres entreprenaient avec courage le travail d’introduction des instruments musicaux traditionnels africains dans la musique moderne, nul ne s’attendait du tout à voir les résultats spectaculaires actuels qui en sont sortis et qui honorent l’Afrique et l’art de nos ancêtres. Prise dans les tenailles de l’électronique et de la technologie avancée de l’électro-acoustique qui la rendaient fade, sèche et presque sans vie, la musique moderne a trouvé dans les instruments traditionnels africains un souffle et un jus nouveaux avec un spectre d’inspirations infinies à leurs sources intarissables qui depuis des siècles nourrissent nos sociétés de leurs nombreuses et diverses originalités. Les instruments musicaux traditionnels du Burundi ne sont pas moins riches non plus. Il suffit de plonger l’oreille dans la profondeur de leurs échos pour s’en rendre compte.

– L’INANGA, cordophone longtemps reconnu comme instrument des musiques de la cour royale inspire par exemple un style de chant à la voix enrouée de force dont qu’on ne peut écrire sur partitions musicales, mais qui colle parfaitement avec cet instrument joué sur une gamme pentatonique et manipulé par des artistes avisés et emportés par ses accents. Mais l’on constate déjà que cette musique s’accommode sans difficultés à un mariage avec les musiques d’aujourd’hui. Ce travail louable et grandiose est la préoccupation d’un grand artiste burundais, Gilbert Ndakoze, qui en a fait une profession qui le passionne avec son collaborateur Torobeka Joseph, joueur d’Inanga. Dans une interview accordée au magazine IWACU, Gilbert déclarait avec raison : « Je suis marié à la musique !»

– L’IKEMBE, un lamelophone très répandu en Afrique tropicale, fait également partie des instruments musicaux du Burundi. L’on constate aujourd’hui que le style de chant de cette musique jouée et chantée sur cet instrument est quelque peu différent de celui d’autrefois. En effet, les artistes de nos jours, très influencés par les musiques modernes, composent plutôt des mélodies chantées pouvant être mises sur partitions musicales. Cela appariait ouvertement comme un signe prédisant que la Musique IKEMBE pourrait aussi un jour s’intégrer très facilement dans les musiques modernes et se développer en de nouveaux styles musicaux burundais à lancer sur les marchés des ‘Musiques du monde’. Ce rêve est aussi celui de l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA qui travaille actuellement sur le développement d’un instrument IKEMBE plus performant au point de vue sonore et artistique.

– L’arc musical monocorde UMUDURI, instrument traditionnel qui appartient aussi à de nombreuses cultures sur différents continents, fut à l’origine d’une musique traditionnelle burundaise riche qui était reconnue au grand artiste Emmanuel Nkeshimana disparu dans les années 80. Son style de chant difficilement codé sur partitions n’a pu jusqu’ici être imité par les jeunes joueurs d’UMUDURI actuels. Il faudrait absolument que l’on ait grandi dans le même contexte culturel traditionnel que Nkeshimana pour pouvoir vraiment chanter comme lui sur une gamme pentatonique forcément chromatique, des inflexions vocales bâties sur de nombreux triolets qui se suivent, faisant ainsi de cette musique un art spécial pour les conteurs traditionnels. Même si le groupe NAKARANGA que nous avions mis sur pied en 1977 au Ministère de la Culture a accompli un travail louable en symphonie avec différents instruments traditionnels, il reste toujours difficile de reproduire un art de chant ayant le vrai cachet Nkeshimana. Les compositions faites aujourd’hui penchent plutôt du côté de la musique moderne, mais cela constitue aussi une preuve que les deux styles pourront bien se marier si nous les combinons.

Les recherches sur les musiques traditionnelles du Burundi vont bon train et progressent de jour en jour à l’Institut de Musicologie de Gitega. Nous découvrons progressivement aujourd’hui de nouveaux styles de musiques traditionnelles inédits et quasi inconnus dans les régions du Bweru, du Kumoso, du Buyogoma et du Buragane que nous aurons un jour le plaisir de présenter au public burundais.

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