Faire aimer notre Musique Traditionnelle à la Jeunesse d’aujourd’hui

La sous-estimation de nos valeurs culturelles par la génération actuelle est un problème épineux qui se pose dans la société burundaise de nos jours. Les jeunes sont peu attirés par tout ce qui reflète l’aspect traditionnel, notamment, la langue « Kirundi », la Musique et les Chants, les Danses et Mœurs diverses, sans oublier l’Habillement et les Mets. Il semble, en réalité, que le modernisme s’est érigé contre la prédominance de notre patrimoine culturel et artistique. Alors, serions-nous, aujourd’hui, en mesure de renverser la tendance, en réveillant et en amenant l’esprit des jeunes Burundais à redécouvrir le bien fondé de ce qui constitue l’identité immuable propre à notre peuple, laquelle, d’ailleurs, nous a donné un nom et une place de choix dans le concert des nations? Mais parlons « Musique » exclusivement.

Dans le Burundi traditionnel, tout père de famille était sensé posséder et savoir jouer d’un ou plusieurs instruments musicaux, dont l’Inanga, l’Ikembe, l’Umuduli, etc. Chaque soir, autour du foyer, les enfants avaient droit à un mini-récital de musique traditionnelle jouée et chantée par le père sur l’un de ces instruments. Et les garçons tout particulièrement en étaient pénétrés dès  leur jeune âge, devenant au fil des années des musiciens traditionnels à leur tour. Les mères de famille n’étaient pas moins actives non plus dans leur rôle de transmettre aux jeunes filles les richesses de l’art des « Imvyino », des danses, etc. En effet, c’est à l’occasion des travaux champêtres , à la cuisine ou lors de la fabrication de la bière, en route vers ou en provenance des sources d’approvisionnement en eau, lors des diverses fêtes traditionnelles (mariages, naissances, visites, etc) ou pendant les travaux de vannerie, que les jeunes filles à leur tour, apprenaient et emportaient dans leur cœur les richesses lyriques et musicales reçues  de leurs mères. La famille était l’unique école de Musique valable, acceptée de tous et efficace dans la société burundaise.

Le contexte actuel des musiques exotiques qui ont envahi et dominé nos sociétés, allant jusqu’à supplanter et effacer complètement la présence de la nôtre, est un défi majeur qui ne peut trouver de réponse autrement que dans le retour de nos instruments musicaux et nos chants dans les cercles familiaux modernes. Tant que les sources de choix d’un héritage musical offertes à la jeunesse resteront la seule référence aux « Musiques exotiques » dont elle se nourrit jour et nuit sur les CD, à la radio et à la télévision, le gouffre de la perte de notre identité musicale ne fera que s’approfondir davantage.

Que les enfants burundais puissent à nouveau, dès leur jeune âge, manipuler nos instruments musicaux traditionnels comme des jouets à la manière des enfants de l’Occident vis-à-vis du Piano présent en permanence dans leur maison natale, devrait être un projet culturel de notre société. Leur esprit créatif inné ne manquerait pas de s’inspirer progressivement des sons et des accents de l’Inanga ou de l’Ikembe, etc, aux côtés desquels ils auront grandi et qu’ils auront chéris comme des amis inséparables pour toute la vie.

Tous les efforts que nous déployons aujourd’hui pour concevoir des programmes d’enseignement des chants et de la musique traditionnelle dans les écoles, ne pourront jamais parvenir à effacer les cicatrices gravées dans l’esprit de notre jeunesse par ces musiques étrangères au sein desquelles ils grandissent. Même si nous parvenions à former autant de Musicologues et Ethnomusicologues que nous désirons, le retour à la prédominance de nos musiques traditionnelles dans les cercles familiaux reste le seul et l’unique facteur décisif pour la PROMOTION D’UNE VÉRITABLE MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE.

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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