David NIKIZA, Poète … et Chanteur !

Alors que le 19 Novembre 2015 sera célébré le 23ème anniversaire du décès de l’artiste David NIKIZA, l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA publie une série d’articles consacrés spécialement à l’œuvre de cette illustre figure qui a profondément marqué l’Histoire de la Musique Burundaise Moderne. Dans notre article d’aujourd’hui, nous présentons sa chanson « Je t’attendrai là-bas ».

Ce chef-d’œuvre dédié à la gloire de sa Mère-Patrie, le Burundi, David NIKIZA l’a écrit et composé en 1977 durant son exil au Kenya suite aux événements tragiques qui ont endeuillé ce beau pays en 1972. « Je t’attendrai là-bas » a été diffusée pour la première fois sur les antennes de la « Voix de la Révolution du Burundi » (ancien nom de la Radiodiffusion nationale du Burundi) au mois de Janvier 1978, dans une série publicitaire qui annonçait l’arrivée imminente de la vedette NIKIZA en compagnie de son groupe « Explorers ».

Sollicités par Athanase KARAYENGA, alors Directeur général de la Radio nationale, qui avait mis en œuvre tous les moyens pour faire venir ce groupe à Bujumbura, les « Explorers » dont David NIKIZA était le chef allaient devenir peu après le célèbre « AMABANO » que les mélomanes burundais ont tant adoré.

« Je t’attendrai là-bas » est non seulement une chanson bien exécutée et au rythme envoutant, mais c’est surtout et d’abord, une œuvre poétique merveilleusement construite sur des rimes véhiculant avec puissance le message d’un Burundi beau et attrayant par ses multiples couleurs. Nul ne peut le décrire ni le chanter mieux que son auteur-compositeur, David NIKIZA :

En mon cœur je rêve
De ce rêve je crève,
Laisse-moi parler quand même
De ce Pays que j’aime,
Chante ma nostalgie
Et vanter le Burundi !
Elle sourit jeune encore
Comme une fleur au matin,
Cette terre que j’adore
Et que j’aime sans fin ;
C’est un lieu verdoyant
Au peuple aux yeux si charmants !

Ce pays. C’est mon prestige,
Loin de la cela m’afflige ;
C’est mon cœur, c’est ma Patrie :
C’est ma vie !

Un jour tu pourras
Y faire une escale,
Voir Bujumbura
Notre capitale,
Et emporter dans tes yeux
Des souvenirs bienheureux !
Que tu sois citoyen
D’Europe ou d’Amérique,
D’Asie ou bien d’Afrique,
Ou de l’Océanie
Nous te disons : Salut !
Tu seras le bienvenu !

Ce pays. C’est mon prestige,
Loin de la cela m’afflige ;
C’est mon cœur, c’est ma Patrie :
C’est ma vie !

Viens voir ce pays-là,
Je t’attendrai là-bas ;
Tu verras des oiseaux,
Jamais vus dans le ciel,
Des milliers d’animaux
Aux couleurs de l’arc-en-ciel !
Viens inspirer ton âme
Et passer tes vacances,
Auprès de jolies dames,
Et déduis ta romance
Sur une douce plage :
Tu rajeuniras ton âme !

Burundi, je t’aime encore,
Burundi je suis fou de toi !
Tu seras chaque jour
Mon doux refrain !

RÉDACTION : Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, vous êtes cousin de David NIKIZA et vous étiez aussi chef de l’Orchestre national du Burundi au Ministère de la Culture à l’époque-même où il revenait de Nairobi. Les paroles de « Je t’attendrai là-bas » nous révèlent un NIKIZA grand poète qui, malheureusement, n’a jamais été considéré sous cette valeur ici au Burundi. Qu’en dites-vous ?

Mgr. JUSTIN : C’est vrai, je connais bien l’homme David NIKIZA avec qui j’ai grandi. C’était un vrai poète aux talents littéraires que je ne pourrais décrire ici. En effet, après ses études à l’Ecole Moyenne Pédagogique de Kibimba en 1968, il est devenu enseignant à son ancienne école primaire à Ngagara. Là, il était plus chanteur que maître de classe, et ses élèves étaient tellement fiers de l’avoir pour la simple raison qu’il leur apprenait chaque jour les chansons des vedettes Françaises et Belges de l’époque, entre autres, Fréderic François, Michel Sardou, Claude François ou Michel Polnareff, Adamo, Johnny Halliday, etc.
David possédait en plus une expression française impeccable, je vous dis. Il aimait particulièrement les poètes du Romantisme, et nous étions toujours frappés de sa mémoire quand nous l’entendions réciter souvent « Le Lac » de Lamartine ou des poèmes d’Alfred de Vigny, de Musset, de Victor Hugo, etc. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’est pas resté longtemps enseignant du primaire. En effet, après deux ans seulement, il à choisi d’entrer à la section Lettres modernes à l’Athénée Mwami Mwambutsa IV de Bujumbura (actuel I.P.A). Les événements d’Avril 1972 le trouvent en classe de seconde- lettres et il se réfugie au Rwanda voisin. J’ai écrit en long et en large au sujet de son exil dans mon livre « De l’Inanga à la Guitare Classique, l’Histoire de la Naissance de la Musique Burundaise Moderne » paru en 2014.

Chose étonnante, à Kigali, David NIKIZA fait son entrée sur la scène musicale rwandaise par une chanson-phare « Rendez-vous au Mont Kigali », qui était également un merveilleux poème dédié à la beauté du Pays des Mille Collines. Mais, plus encore, lorsqu’il quitte définitivement Kigali pour Nairobi en 1974, c’est de nouveau par un poème chanté sous le titre « Je me suis retrouvé dans tes bras » dédié à son amie, qu’il foudroie ses fans avant de partir. Il était vrai poète !

REDACTION : Pensez-vous que s’il avait vécu plus longtemps, il aurait publié des livres de poèmes en langue française ?
Mgr. JUSTIN : Mais, c’était son grand rêve et je me souviens qu’on en avait déjà parlé. Comme j’aimais moi-même la poésie française, je l’encourageais à le faire un jour. David pouvait nous écrire un poème d’un coup comme ça quand nous revenions par exemple de la plage, ou après une belle journée passée avec des amis à la maison, etc.
REDACTION : Le prochain article analysera en détail ce beau poème de David NIKIZA, « Je t’attendrai là-bas ».

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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