David NIKIZA, Poète … et Chanteur (2ème partie)

La deuxième partie de l’article sur « David NIKIZA, Poète …et Chanteur » est consacrée, comme promis, à une analyse en détail de son beau poème « JE T’ATTENDRAI LA-BAS ». Notre rédaction a de nouveau rencontré Mgr. Justin BARANSANANIKIYE pour nous entretenir, cette fois-ci de questions littéraires.

RÉDACTION : Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, pourriez-vous résumer globalement le message que David NIKIZA transmet dans son poème chanté « JE T’ATTENDRAI LA-BAS » ?

Mgr. JUSTIN : C’est un grand message d’un vrai patriote qui aime son pays et veut le faire aimer au étrangers malgré les temps difficiles qu’il traversait à son époque. En effet, la crise sociale de 1972 avait durement écrasé le Burundi et ses séquelles pesaient encore lourdement sur lui.

RÉDACTION : Est-ce un message transmis d’une façon organisée ou par tâtonnements comme font plusieurs des chanteurs Burundais de la génération actuelle ?

Mgr. JUSTIN : C’est un message bien construit, très bien organisé et intelligemment conçu après une profonde réflexion menée soigneusement. NIKIZA l’exprime en trois parties reparties sur les trois couplets qu’il écrit et chante. Le premier couplet se résume en une phrase essentielle : LA NOSTALGIE DE NIKIZA POUR LE BURUNDI.

RÉDACTION : Pourquoi, selon vous, David éprouvait-il un sentiment de nostalgie aussi profond quand on considère le second vers de son poème où il écrit : « DE CE REVE JE CREVE » ?

Mgr. JUSTIN : Comme je l’ai déjà indiqué dans un autre article, NIKIZA vivait loin de sa patrie, refugié forcé d’abandonner ses études et de rater sa vie pour fuir dans des conditions effroyables son pays qu’il aimait tant. Et, ayant certainement comparé la vie qu’il menait hors de sa patrie depuis 1972 à 1977 (date où le poème a été écrit), avec les jours heureux vécus autrefois chez lui, il est compréhensible qu’il se sentait moralement blessé, mais qu’il espérait une consolation dont il n’était pas encore sûr qu’elle arriverait. Ceci s’entend clairement dans le vers « Laissez-moi parler quand même ».

RÉDACTION : Comment son message d’amour déchaîné pour sa patrie se répercute-t-il en vous personnellement, en tant que lecteur de ce poème ?

Mgr. JUSTIN : Certainement, je me sens également pris dans les tenailles de ses expressions profondes de l’amour qu’il porte dans son propre cœur vis-à-vis de son pays, à savoir :
– Ce Pays que j’aime
– Cette Terre que j’adore
– Et que j’aime sans fin.
AIMER, ADORER et de nouveau AIMER SANS FIN, sont des termes rangés de telle manière qu’ils ne peuvent laisser indifférent quiconque ayant un cœur sensible. NIKIZA a su très bien jeter sur le lecteur et l’auditeur de son poème, le feu de son « philis » personnel pour son pays.
RÉDACTION: Alors, face à cette lutte interne entre son amour exacerbé pour sa patrie (qui emporte NIKIZA dans un rêve envers elle), et le gouffre de la réalité d’un éloignement géographique ajouté à une crainte d’un retour au pays qui lui serait peut-être fatal, que fait le poète ?
Mgr. JUSTIN : Le constat que je fais est que David parvient à vivre son rêve, comme il le dit, en se plaçant à un autre degré d’où :
– Il vante le Burundi
– Il le peint dans sa pensée comme « Une fleur fraîchement ouverte au matin » (sans doute symbole de fruits attendus), et « Comme un lieu verdoyant » (symbole de la vie espérée qui continue).
– Mais, plus encore, il met en pointe son appartenance à un peuple « Aux yeux charmants » (et non pas à une quelconque entité sociale). Ici, peut-être, faisait-il allusion à une comparaison avec différents peuples qu’il avait côtoyés durant les cinq années d’exil.
RÉDACTION: NIKIZA est refugié ; il est démuni ; il vit sûrement au jour le jour, s’invitant à jouer sa musique n’importe où, bref, il est sans adresse, sans papiers, sans droits de citoyenneté. Sa réaction de vanter son pays et son peuple sans le diviser en appartenances sociales, peut-elle inspirer les artistes-musiciens Burundais d’aujourd’hui ?
Mgr. JUSTIN : Absolument. David NIKIZA se manifeste comme un patriote mûr, responsable et ayant une vision. Quelle vision, me demanderez-vous ? En effet, son regard depuis son for intérieur transcende les réalités d’un Burundi « maudit et rejeté » par la Communauté internationale à son époque, pour voir plus loin, très, très loin, un « Burundi toujours verdoyant et aux fleurs qui s’ouvrent pour donner un jour des fruits inattendus contre vents et marées ». Et si vous analysez en profondeur le sens de l’expression FLEURS QUI S’OUVRENT, vous remarquerez qu’il fait allusion à la jeunesse de son pays qui renaît chaque matin. L’artiste-poète qu’il est ne cède guère au désespoir ni au chantage contre sa patrie. Il sait que le Burundi sera toujours sa patrie, quelles que soient les circonstances auxquelles il fera face. Dans son esprit, il rebâtit et ne se laisse pas du tout dominer par les forces de la destruction. Voilà la force de ce poème qui pousse David à inviter les étrangers à le rejoindre plutôt chez lui, au Burundi.
RÉDACTION: Effectivement, le poème « JE T’ATTENDRAI LA-BAS » nous réserve encore des richesses à découvrir sous la plume de cet artiste inhabituel, David NIKIZA. Le débat continue.
« Dans le doute, il faut choisir d’être fidele »
(François Mauriac, écrivain français, 1885-1970)

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INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA
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MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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