3ème Partie: David NIKIZA, Poète …. et Chanteur

RÉDACTION : Mgr. Justin, dans la première analyse introductive sur le poème « JE T’ATTENDRAI LA-BAS » de David NIKIZA, vous nous avez mentionné trois parties constituant son message et correspondant également aux trois couplets de la chanson.

Mgr. JUSTIN : Parfaitement. Mais, avant de passer au second couplet, permettez-moi d’abord, aujourd’hui, de fouiller le contenu du refrain qui est pratiquement le trait d’union entre ces couplets :
« Ce pays, c’est mon prestige,
Loin de là , cela m’afflige ;
C’est mon cœur, c’est ma patrie,
C’est ma vie ! »

Ici, d’une manière toute particulière, NIKIZA reconnaît et proclame tout haut que son pays, le Burundi, est son PRESTIGE. Le dictionnaire universel définit le terme « Prestige » comme étant une séduction, un attrait qui frappe l’imagination et qui inspire la considération, l’admiration. » Pour David, la marque séductrice qu’il porte sur lui et en lui n’est autre que le Burundi. Le nom, la nationalité, la langue, la culture, etc., que lui confère ce pays adoré, bref, « LE TOUT DAVID NIKIZA » frappant l’imagination des étrangers qui le regardent, l’observent et l’écoutent, c’est son Burundi. Il est profondément convaincu que la considération et l’admiration qu’il gagne de son entourage en exil, sont une bénédiction lui accordée par le fait d’être un fils du Burundi.

RÉDACTION : Nous dirions que, pour NIKIZA, être Burundais séduit automatiquement le reste du monde, peu importe les réalités politico-sociales de son époque et même de tous les temps. Ne trouvez-vous pas qu’il exagère un peu ?

Mgr. JUSTIN : Pas du tout. Il le déclare comme il le vit en lui-même. A titre d’exemple, je me souviens que dans les années 60, à Bujumbura, toute personne nantie qui désirait acheter un poste récepteur radio, cherchait avant tout la marque PHILIPS. Il y avait un grand magasin PHILIPS sur l’actuel boulevard de l’Uprona, et tout le monde s’empressait d’y aller, tellement PHILIPS séduisait et attirait. PHILIPS était une marque prestigieuse dans le monde entier.
Une analyse beaucoup plus approfondie nous fait découvrir que les vertus morales, la sagesse, le respect, etc., que manifestait le jeune NIKIZA en terre étrangère, ont poussé les gens à l’admirer, à l’aimer, mais surtout à chercher à connaître son pays d’origine. Et lui, sachant que tout cela était un héritage culturel reçu du Burundi où il est né et a grandi, il n’hésite pas à proclamer sans ambages le nom de sa Patrie.

REDACTION : il a donc raison de dire « Loin de là, cela m’afflige » pour signifier que vivre loin de sa terre natale le plonge dans une profonde affliction, n’est-ce pas ?

Mgr. JUSTIN : Pas seulement « affliction » dans un sens moral restreint, mais également dans le sens d’une destruction psycho-mentale élargie, qui produit en NIKIZA une douleur et un chagrin indicibles, ainsi qu’une désolation généralisée face à la vie. Vous remarquez avec moi comment cet auteur-compositeur sait creuser au fond de la thématique qu’il chante, et partager ses sentiments internes profonds avec son auditeur.

RÉDACTION : Justement, Mgr. BARANSANANIKIYE, cette qualité et ce savoir-faire sont pourtant rares ou quasi absents chez les chanteurs burundais de l’après « L’ERE NIKIZA » comme vous le décrivez dans votre livre « DE L’INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE … »

Mgr. JUSTIN : C’est exact. Cela se remarque clairement dans 99% des chansons écrites/composées par les « Musiciens Burundais de la nouvelle génération ». Nous autres Pionniers de la Musique Burundaise Moderne, depuis Shungura Pancrace, Ngabo Léonce, Augustin Ndirabika, ceux du Premier Orchestre national (Canjo Amissi et moi-même, etc), ainsi que ceux de l’Orchestre AMABANO (David NIKIZA, Africanova, etc), travaillions tous à la lumière de ces principes, et nous nous faisions souvent des critiques mutuelles dans le but de nous améliorer. On y reviendra un jour.
En définitive, pour terminer son refrain en beauté, NIKIZA parle du Burundi comme étant « son Cœur, sa Patrie, sa Vie », pourquoi ? Le cœur est le centre de l’organisme humain. Quand il s’arrête, la vie s’arrête aussi. Mais il y a aussi le concept de « Père », terme issu de « Pater » (origine, source de la vie et vie donnée elle-même).
Il s’en suit que vivre hors du Burundi (qui est son Cœur et son Père) pouvait ne pas détruire l’existence physique de NIKIZA. Mais, la réalité était qu’il sentait son cordon ombilical culturel coupé, ses droits fondamentaux piétinés et sa joie d’être un ETRE HUMAIN digne de ce nom dissipée. Avec le Burundi et dans le Burundi, cette trilogie (Cœur-Patrie-Vie) est rebâtie, et David se sent de nouveau heureux et en plein épanouissement, pouvant aussi rendre heureux les autres humains comme lui. Là, il rejoint alors le grand Albert Einstein, Physicien Allemand (1879-1955) qui a dit :
« Seule une vie vécue pour les autres vaut la peine d’être vécue ».

RÉDACTION : le second couplet, ce sera dans le prochain article. Rappelons que l’anniversaire de la disparition de David NIKIZA est célébré le 17 Novembre de chaque année.

« Dans le doute, il faut choisir d’être fidèle »
(François Mauriac, écrivain français, 1885-1970)

Nous contacter :
INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA
B.P. 197 Gitega, Burundi
Tel : +257 79 877 097 ou +257 77 758 123
E-mail : baransajust@gmail.com
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MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

2 réflexions au sujet de « 3ème Partie: David NIKIZA, Poète …. et Chanteur »

    1. Merci pour votre analyse bien réfléchi et plus inspirer et je crois que là où NIKIZA se trouve il est fière de vous je me demande si un jours après votre départ s’il aura quelqu’un qui va
      parler de vous comme vous le fêtes aux autres,Courage et que Dieu vous garde longtemps enfin que nous puissions savoir plus sur l’histoire de nos enceintes dans la musique .

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