(Dernière Partie) : David NIKIZA, Poète …. et Chanteur !

Notre dernier article sur le thème « David NIKIZA, Poète …. et Chanteur ! », va analyser et commenter le second et le troisième couplets de son beau poème « JE T’ATTENDRAI LA-BAS ».

RÉDACTION : Mgr. Justin, pourquoi, selon vous, David NIKIZA dit-il qu’il est FOU DU BURUNDI ?
Mgr. JUSTIN : Ce terme doit être compris dans le sens de « Aimer quelque chose ou quelqu’un passionnément ». On peut aimer « sa patrie » de cette manière-là. Ce sera alors un sentiment de profond attachement à une valeur ressentie comme supérieure et à laquelle on est prêt à se sacrifier.

RÉDACTION : Malgré les circonstances critiques que le Burundi traversait à l’époque où David écrivait ce poème (soit cinq ans seulement après les tristes événements de 1972), pensez-vous qu’en tant qu’artiste, il était bien placé pour défendre son pays et le faire aimer aux étrangers ?

Mgr. JUSTIN : Mais, bien sûr ! Les artistes-musiciens sont partout bien écoutés et leur message est vite compris et reçu par le public. S’ils comprenaient que le rôle de porter le flambeau de leur pays est le leur, ils rempliraient cette mission avec dignité et fierté. Les musiciens ont toujours influencé le monde. Et c’est ce que NIKIZA fait au deuxième couplet de « JE T’ATTENDRAI LA-BAS ». Il invite d’abord l’étranger à faire une escale à Bujumbura, capitale du Burundi.

RÉDACTION : Pourquoi une escale et non pas un séjour beaucoup plus long ?

Mgr. JUSTIN : C’est justement la méthode d’approche que David utilise. Il invite d’abord son auditeur étranger à faire un court séjour pour se faire quelques images sur le Burundi, après quoi, il pourrait revenir y « PASSER SES VACANCES » comme il le dit ensuite au troisième couplet. Voyez de quelle manière NIKIZA exploite sa proposition de « FAIRE UNE ESCALE (UN COURT SÉJOUR) ». Il dit :
« Tu pourras y faire une escale
Voir Bujumbura, notre capitale
Et emporter dans tes yeux
Des souvenirs bienheureux »

La courte escale permettra au visiteur de VOIR, mais aussi d’EMPORTER DES SOUVENIRS bienheureux surtout. Quand on a de bons souvenirs de quelque chose, alors, on désire ardemment retourner la voir pour un temps beaucoup plus long.

RÉDACTION : Le troisième couplet est plutôt une invitation formelle et détaillée avec une description beaucoup plus poétique de la beauté et des richesses naturelles du Burundi. Pourquoi David procède-t-il de cette façon ?

Mgr. JUSTIN : NIKIZA est convaincu que la courte escale qu’il a proposée aux visiteurs portera des fruits positifs. Maintenant, il leur ouvre une vision touristique du Burundi beaucoup plus étendue, en disant :
« Tu verras des oiseaux jamais vus dans le ciel
De milliers d’animaux aux couleurs de l’arc-en-ciel »

C’est une invitation indirecte, mais claire, avisant le visiteur qu’au delà de Bujumbura, se trouve une autre face du Burundi, un monde d’oiseux tous particuliers et des animaux uniques qu’on ne trouve pas ailleurs.

RÉDACTION : « Tu rajeuniras ton âme ! » : Quel sens profond NIKIZA voudrait-il exploiter dans cette expression ?

Mgr. JUSTIN : « Rajeunir son âme » à mon sens, est plutôt un ingrédient touristique de haute qualité. Le touriste qui se rend dans un pays cherche toujours à y découvrir quelque chose de profond, de nouveau qu’il n’a jamais rencontré auparavant. Voir par exemple les gorilles de Kigwena, ou les hippopotames de la réserve de la Rusizi ou les milliers d’oiseaux migrateurs des Lacs du Nord, etc., n’est-ce pas une découverte qui rafraîchit l’âme de quiconque n’a jamais vu ces merveilles de la création ? Cela m’est arrivé moi-même quand j’ai vu pour la première fois la girafe et le lion dans les parcs de l’Afrique de l’Est. C’était comme si je renaissais dans un monde nouveau !

RÉDACTION : Mgr. BARANSANANIKIYE, quel apport positif NIKIZA donne-t-il aux auteurs-compositeurs Burundais de notre époque ?

Mgr. JUSTIN : Vous le constaterez vous-même avec moi : Il montre comment exploiter et développer en profondeur et en entièreté un thème à chanter dans une chanson. Cette question m’a été d’ailleurs posée par des musiciens de Bujumbura lors d’un séminaire que j’animais à leur intention en Janvier dernier. Nos musiciens doivent faire attention et savoir qu’une chanson comprend deux éléments essentiels, LES PAROLES et LA MUSIQUE. Ils mettent beaucoup plus d’efforts à développer le coté MUSIQUE, RYTHME et oublient que l’auditeur cherche aussi à trouver dans leurs œuvres, UN MESSAGE BIEN CONSTRUIT, SIGNIFICATIF ET ÉDIFIANT.

RÉDACTION: David NIKIZA nous a quittés le 17 Novembre 1992 à  l’âge de 44 ans. Il a légué  au Burundi un riche patrimoine de chansons qui ont donné à  notre musique d’être découverte et appréciée à  travers le monde. Réécoutez à  votre plaisir: Tamba amayaya Burundi, Shoreza Inyange, Je t’attendrai la-bas, Ngira mpoze ikibondo, Urantunga mu bandi, Sangwe bagiraneza, Umugore Temba ntereke, Je me suis retrouvé dans tes bras, etc, etc, et vous saurez que David NIKIZA est réellement « UN MONUMENT DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE »

David NIKIZA, nous ne t’oublierons jamais !

« Dans le doute, il faut choisir d’être fidèle »
(François Mauriac, écrivain français, 1885-1970)

Nous contacter :
INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA
B.P. 197 Gitega, Burundi
Tel : +257 79 877 097 ou +257 77 758 123
E-mail : baransajust@gmail.com
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MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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