LE RÔLE SOCIO-POLITIQUE ET ÉDUCATIF DE LA MUSIQUE TRADITIONNELLE DANS LE BURUNDI ANCIEN.

LE RÔLE SOCIO-POLITIQUE ET ÉDUCATIF DE LA MUSIQUE TRADITIONNELLE DANS LE BURUNDI ANCIEN.

(Extrait du livre de Mgr. Justin BARANSANANIKIYE,
« Musiques Traditionnelles, Vocales et Instrumentales, du Burundi, TOME 1.»)

« Nos musiciens traditionnels étaient des unificateurs et des pacificateurs de la société, mais encore des symboles de la joie,
de l’espoir et des semeurs de la fierté nationale ».
(Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, dans « De l’Inanga à la Guitare Classique, une Histoire de la Naissance de la Musique Burundaise Moderne, page 12»)

Amour, fraternité, partage, solidarité, unité sociale, fidélité, voilà les grandes valeurs morales, piliers sacrés du Burundi ancien, qui étaient chantées et vantées tous les soirs à la cour du Mwami, Roi du Burundi, à travers de nombreuses œuvres musicales exécutées par des artistes traditionnels de talent, notamment les joueurs de l’Inanga dont tous nos monarques s’entouraient, non seulement pour se divertir et célébrer leur fierté chaque jour, mais aussi, et surtout, pour éduquer et nourrir le charisme et le charme des futurs grands et vrais leaders dignes de ce nom, qu’allaient devenir les princes et princesses qui prendraient leur relève plus tard. Car, régner sur le Burundi sans ces vertus sublimes, était inacceptable, inimaginable, voire impossible.

Ce façonnement culturel mais aussi politique, incombait aux reines-mères, qui, comme des souffleurs surveillant avec précision la mémoire des acteurs sur scène, devaient cultiver, activer, réanimer et enraciner quotidiennement ces nobles vertus comme du béton armé dans l’âme des princes du royaume. Ceux-ci y apprenaient l’histoire nationale de leurs origines et du développement du royaume du Burundi à travers les multiples épopées guerrières des anciens rois, que les musiciens chantaient et contaient autour du feu et des cruches débordant de bière où ils s’assemblaient souvent en temps de paix.

Ce spectacle, rendez-vous de la culture, jouait le grand rôle de graver dans la mémoire des jeunes princes toute la richesse de la connaissance profonde de notre société ainsi que de l’art du discours, « Ijambo », qui, ensemble, devaient solidement caractériser tout « Murundi » mûr et préparé à exercer les grandes responsabilités politiques et administratives. Et la douce musique vocale chantée par les reines-mères se croisant à la cuisine ou réunies en séances spéciales de causerie, venait enfin ajouter son comble de beauté dans le cœur de ces futurs leaders du pays. C’était, en effet, la seule et unique école des Sciences Politiques et Sociales dont le royaume disposait, et qui a également rempli dignement sa mission d’éducation et de formation des hauts cadres qui ont pu bâtir un Burundi solidement uni et mobilisé durant des siècles autour de la classe royale, grâce notamment à notre musique.

Comme preuve de cette réalité incontestable, c’est sans doute l’immense bagage intellectuel en matière de droit traditionnel que possédaient déjà, dès l’adolescence, les jeunes Princes « Abaganwa » et les jeunes « Abakungu », futurs notables « Abashingantahe » sur toutes les collines du pays, mais aussi la maîtrise parfaite des adages et proverbes « kirundi » combien pleins de sagesse, qui leur donnaient de pouvoir gérer correctement toute crise et toute situation à la lumière et sous l’inspiration du seul héritage culturel légué par nos ancêtres.

Cette riche et unique science du savoir ancestral était ainsi jalousement sauvegardée partout, on ne sait par quelle inspiration naturelle spontanée, par nos artistes musiciens traditionnels qui la brandissaient dans leurs chansons, lesquelles se construisaient sur des poèmes non-écrits, mais intelligemment bâtis selon des règles uniformes naturellement observées par tout un chacun à travers tout le Burundi. En effet, il n’y avait aucun arrêté royal ni une quelconque convention sociale qui organisaient les artistes et les responsabilisaient en cette matière. Tout était automatiquement fait et bien réussi. La culture était toujours à l’honneur, mais plus particulièrement la musique qui se taillait la part du lion à toutes les fêtes royales, familiales et autres célébrations d’initiation aux rites traditionnels divers, qui, sans l’apport du chant et de la danse, auraient difficilement pu atteindre leur objectif.

Ainsi, y aurait-il ici des leçons à tirer pour nous, musiciens Burundais modernes ? Quand nous parlons d’héritage musical comme source nouvelle de nos inspirations actuelles dans la vision de promotion de notre musique, plaçons-nous toujours en face de nous, et en grands caractères, ce rôle si important que nos ancêtres musiciens remplissaient dignement pour le bien-être de notre chère Patrie ? Ou, alors, agissons-nous simplement sans réfléchir à ce que nous faisons, alors que nous sommes aussi sensés être « des unificateurs et des pacificateurs de la société, mais encore des symboles de la joie, de l’espoir et des semeurs de la fierté nationale? »

« Dans le doute, il faut choisir d’être fidèle »
(François Mauriac, écrivain français, 1885-1970)

Nous contacter :
INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA
B.P. 197 Gitega, Burundi
Tel : +257 79 877 097 ou +257 77 758 123
E-mail : baransajust@gmail.com
https://musicologygitega.wordpress.com

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MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

2 réflexions au sujet de « LE RÔLE SOCIO-POLITIQUE ET ÉDUCATIF DE LA MUSIQUE TRADITIONNELLE DANS LE BURUNDI ANCIEN. »

  1. On est d’accord que le musicien doit être un 1er pacificateur et symbole de la joie. Mais comment va-t-on espérer trouver de la chaleur dans le froid ?
    Des musiciens vont toujours imiter la musique de leurs soi-disant « Stars ». Comment peux-t on s’inspirer d’un artiste dont on ne sait rien de son histoire en musique
    MERCI BEAUCOUP DE VOTRE ARTICLE.

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    1. Merci beaucoup, Mr. Frédéric pour votre intérêt vis-a-vis de cet article. Nous sommes un INSTITUT DE MUSICOLOGIE établi au Burundi, et notre devoir est d’informer correctement le lecteur de nos articles sur toutes les questions relatives à la Musique Burundaise. Ainsi donc, vous constaterez que grâce à nos recherches ethnomusicologiques, nous vous informons sur l’histoire de la Musique traditionnelle et moderne Burundaise, tout en vous donnant aussi des précisions sur les musiciens traditionnels et la manière dont ils exerçaient leur métier. Il n’est pas nécessaire de connaître leur biographie, car aucun document écrit ne nous le fournit. Nous les connaissons cependant dans un contexte historique soutenu par l’HISTOIRE GÉNÉRALE DU BURUNDI. Mais le plus important et le plus utile, c’est de connaître leur philosophie et leur méthode de travail, leur vision et leurs aspirations dans l’exercice de ce métier qui leur était si cher. Cela suffit pour inspirer UN MUSICIEN BURUNDAIS DE NOTRE ÉPOQUE.

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