CANJO AMISSI, MUSICIEN ET AMBASSADEUR D’UN « PATRIOTISME POSITIF »

CANJO AMISSI, MUSICIEN ET AMBASSADEUR D’UN « PATRIOTISME POSITIF »

REDACTION : Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, ancien collègue de CANJO AMISSI à l’Orchestre national du Burundi de 1977 à 1979, vous êtes également connu comme auteur du livre « DE L’INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE, L’HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE » dans lequel vous décrivez en détail sa vie professionnelle. Aujourd’hui, vous avez choisi de nous brosser un tout autre portrait de cet artiste inhabituel que le Burundi a connu, sous le titre « CANJO AMISSI, MUSICIEN ET AMBASSADEUR D’UN PATRIOTISME POSITIF ». Pourquoi ?

Mgr. JUSTIN : Oui. Le magazine IWACU appelle CANJO, « un génie » et « un As de la guitare ». Dans mon ouvrage que vous venez de citer, je l’appelle également « un génie ». En effet, à coté de mon cousin David NIKIZA, l’artiste CANJO AMISSI est le musicien que j’ai le mieux connu, pour avoir travaillé avec lui dès le début de sa carrière depuis qu’il venait de gagner le CONCOURS NATIONAL DE LA CHANSON que le Ministère de la Culture avait organisé en Juillet 1977, et dont j’étais l’un des membres du Jury. A cette époque j’étais coordinateur du département des arts et de la culture et chef de l’orchestre national encore naissant. Nul ne s’attendait de le voir devenir une figure aussi importante et imposante dans la musique burundaise, tellement il était inconnu des mélomanes de la capitale où il ne s’était jamais produit en public, et n’avait jamais enregistré ses chansons à la radiodiffusion nationale comme tout le monde pour se faire connaître. Je l’ai personnellement côtoyé et découvert au sein de cet Orchestre où il m’a rejoint en Septembre de la même année. CANJO était un monument de la musique burundaise, un visionnaire hors du commun. Il avait une philosophie et un idéal : HONORER SA PATRIE, DEFENDRE LES VALEURS ET VERTUS MORALES HERITEES DE NOS ANCETRES, et, LUTTER POUR DONNER A LA MUSIQUE BURUNDAISE UN CACHET ORIGINAL ET UNE PLACE DE CHOIX SUR LES PODIUMS INTERNATIONAUX. Bien plus, au travers de ses chansons d’inspiration traditionnelle et celles vantant le Burundi, il prêchait « UN PATRIOTISME POSITIF ».

REDACTION : Et comment avez-vous découvert en lui toutes ses qualités ?

Mgr. JUSTIN : Hormis la collaboration étroite et intime que j’ai eue avec lui, j’aimerais m’arrêter particulièrement sur sa chanson « SOKURU YARI INTWARI », avec laquelle il a gagné le Concours musical international « DECOUVERTES 1981 » organisé par Radio France Internationale, ainsi que le « PRIX CALAO » la même année à Dakar. En voici le poème :

SOKURU YARI INTWARI

Refrain : Ahi mama, iwe, ahi mama, iwe,
Ahi mama, iwe, ahi mama, iwe,
Ahi mama, iwe, Sokuru yari intwari !
Ahi mama, iwe, Intwari mu rugamba !

Yarageresha, umwansi agatinya
Akaja mu rugamba, ababisha bakanyegera;
Ngo, ngabo mu gisaka kwa Inamusuhe;
Abandi bagatemba, bakageragera,
Umve iyo nganji!

Hari abakurira kwa Gisabo,
Abadasigana, ku kirimba,
Intamemya, hakurya ya Rusizi:
Ubukomezi bwabo, amabuye yaribeshe!
Umve iyo nganji!

Imyaka yaragiye, ijana n’ibisiga
Umuco uraseruka, amahoro araza
Ahavuga amacumu n’imiheto,
Havuga ingoma n’inanga;
Ahaseseka amaraso n’amarira,
Haseseka amata n’ubuki;
Havyagira ingoma n’ingingo,
Amahoro na yo, arasasagara;
Umve iyo nganji !

R / Ahi mama, iwe, ahimama iwe
Ahimama iwe ahimama iwe
Ahimama iwe iryo iragi rya sokuru
Ahimama iwe nzoriraga abanje
Ahimama iwe iryo iragi rya sokuru

Ahimama iwe nzoriraga abanje
Ahimama iwe ni ubumwe, n’amahoro
Ahimama iwe ubumwe iwacu
Ahimama iwe no kw’isi yose
Ahimama iwe amahoro iwacu
Ahimama iwe amahoro kw’ isi yose

Ce merveilleux poème montre un CANJO fanatique de la valeur d’« INTWARI » (héros), qui était la caractéristique primordiale de nos ancêtres. A maintes reprises, ces derniers étaient appelés à défendre l’intégrité territoriale contre les agresseurs tant intérieurs qu’extérieurs. La qualité d’UBUTWARI, hautement vantée à cette époque ancienne, était reconnue, au préalable, aux personnes animées de sentiments d’un « Patriotisme Positif » engagé, des gens prêtes à se jeter dans le feu pour la cause de la nation.

Le second couplet démontre clairement comment cet héroïsme colorait de victoire le regard, le souffle, la démarche, etc, de nos ancêtres, bien avant même qu’ils se soient rangés en bataille. A leur seule vue, l’ennemi se cachait, fuyait, était désorienté et perdait courage. « Yarageresha, umwansi agatinya, ababisha bakanyegera …, ngabo mu gisaka kwa Inamusuhe, abandi bagatemba, bakageragera » sont des expressions profondes que CANJO cherchait à inculquer à la jeune génération de son époque et à celles qui suivraient. Il ressentait, de par diverses circonstances tristes que le Burundi avait traversées au cours de son histoire récente, que la jeunesse perdait de plus en plus la vertu et la qualité d’UBUTWARI animée d’un PATRIOTISME POSITIF engagé comme celle de nos ancêtres.

Pour CANJO, les années se sont écoulées emportant avec elles les oiseaux prédateurs rapaces (symboles d’ennemis guettant naguère le Burundi), et laissant dans notre ciel une grande lumière, celle de la PAIX retrouvée, plus jamais marquée par la guerre ni l’effusion de sang et les larmes, mais caractérisée par la joie (ingoma n’inanga) et la prospérité dans le travail (amata n’ubuki). Mais, par dessus tout cela, cette paix s’est établie par le biais d’un règne reposant sur une politique traditionnelle de concertation et d’entente cordiale pour le bien-être de tous.
A trois reprises au cours de cette chanson, CANJO brandit tout haut l’expression « UMVE IYO NGANJI ! », s’adressant aux générations d’aujourd’hui pour leur dire, « AVEZ-VOUS COMPRIS LE MESSAGE DU SECRET QUI A PRESERVE ET QUI PRESERVERA TOUJOURS LE BURUNDI ?» Et de conclure, « Iryo ragi rya Sokuru, ry’UBUMWE N’AMAHORO, nzoriraga abanje ». Fantastique !

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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