L’HEROISME ET LA BRAVOURE DE LA FEMME BURUNDAISE CHANTES DANS LA MUSIQUE TRADITIONNELLE « INANGA »

L’ HEROISME ET LA BRAVOURE DE LA FEMME BURUNDAISE CHANTES DANS LA MUSIQUE TRADITIONNELLE « INANGA »

Dans la tradition burundaise, l’Inanga était rarement joué par les femmes et jeunes filles, quoique ne leur étant pas interdit. Mais ce mythe est progressivement brisé de nos jours, et de plus en plus de jeunes filles qui redécouvrent et aiment cet art, n’hésitent pas de se manifester comme l’a fait Godelieve, une musicienne traditionnelle, dans son chef-d’œuvre intitulé «UWUTARAHIYE NTASUMIRA UMWANA », relatant justement un récit d’héroïsme de la femme aux prises avec des voleurs nocturnes.

La monopolisation de la pratique de la musique Inanga par les hommes dans la tradition burundaise s’explique clairement. En effet, le père de famille jouait de l’Inanga généralement le soir et aux heures avancées de la nuit, après le repas, autour d’un feu ou en veillant sur son troupeau de vaches avant de s’endormir et de se faire relayer. Seuls les enfants garçons étaient autorisés de s’approcher de lui et de le suivre face à face.
Bien sûr, les jeunes filles pouvaient aussi écouter de loin, mais en silence, sans sortir de leur chambre et se faire voir. De là, elles entendaient ces belles mélodies et histoires variées du passé jouées sur l’Inanga par leur père. Celles d’entre elles qui avaient du talent pouvaient ainsi tout retenir et hériter cet art pour le développer ensuite après grâce à l’aide de leurs frères qui, eux, étaient privilégiés et pouvaient tout suivre de près. Ces filles et ces femmes étaient considérées comme de vraies héroïnes.
D’ailleurs, de vrais récits de la région de hautes montagnes du Mugamba sur la Crête Congo-Nil, rapportent que ce même héroïsme des femmes et des jeunes filles s’est maintes fois démontré lors de l’intrusion de voleurs de bétail pendant la nuit dans les enclos familiaux (les « rugo »), où le père était déjà décédé et où il n’y avait point de frère aîné pour prendre la relève dans la gestion des affaires familiales. Il est dit qu’elles veillaient la nuit en jouant aussi de l’Inanga, et qu’au moindre bruit, elles se levaient et prenaient la lance et le javelot traditionnel à l’aide desquels elles tuaient lesdits voleurs et faisaient fuir les autres. Et l’entourage prononçait sans cesse des éloges à l’ endroit de leur famille et de leur « rugo ». Et voici :

UWUTARAHIYE NTASUMIRA UMWANA
(Chanson sur fond de musique « Inanga », par Godelieve)

Uwutarahiye, Uwutarahiye,Uwutarahiye,
Uwutarahiye bagenzi, Nukuri kw’Imana,
ntasumira umwana.
Uwutarahiye,Uwutarahiye,
Uwutarahiye bagenzi,Nukuri kw’Imana,
ntasumira umwana.

Nafashe urugendo buranyirira
Naraye ndagenda, Ndagenda ijoro.
Nsanga aho abasuma bagize akagwi
Baramfata yemwe ngo bancumite
Nja mu vyo kubahenda ngo bandekure
Nyabuna mwa bantu nimundekure
Na mwebwe nyene, Ngo tujane

Ngo nshitse muhira ngo ndahamagara
Nimuvyuke yemwe mufate amacumu
mufate ibihiri twirukane ibisuma biri ku rugo
Twirukane ibisuma biri ku rugo.

Turabisagiriza, turabifata
Turabikubita, turabihana
Nyabuna mwa bantu, ntimugisubira?
Ndakagwa mu ziko, Ndakagwa mu cobo
Nkaba ngisubira.

Notre souhait est que Godelieve puisse inspirer les jeunes filles burundaises d’aujourd’hui à se tourner vers les instruments de musique traditionnels burundais pour exploiter cet art caché. C’est leur héritage aussi; pourquoi le laisser aux jeunes gens seuls?

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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