(Suite 1) : QUATRE PILIERS INDISPENSABLES POUR LA PROMOTION D’UNE MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE

En tant que créateur d’œuvres musicales, le musicien, nous l’avons déjà dit, est l’acteur principal dans le processus de Promotion et de développement de la musique. Viennent ensuite les autres acteurs :

2. L’Etat en tant qu’appui officiel et soutien moral aux artistes.

Dans tous les pays, l’Etat est le garant de l’orientation de la politique culturelle au niveau national. Ceci comprend également le secteur de la musique. C’est à l’Etat que revient la responsabilité de définir les voies et moyens de promouvoir la musique par le biais de son Ministère de la Culture. Mais, c’est également à l’Etat qu’il appartient de soutenir et d’encourager le lancement et l’émergence des musiciens et des institutions ayant inscrit la promotion de la musique dans leur mission. Mis à part les différents programmes utiles et importants régulièrement proposés par les organisations internationales spécialisées dans le domaine culturel, l’Etat doit se prévaloir de structures organisées au niveau national, capables d’orienter, de guider, de superviser et de gérer correctement le secteur de la musique.

Au Burundi, ce pas important et décisif avait été franchi lors de la création pour la première fois d’un Ministère de la jeunesse, des Sports et de la Culture, en Novembre 1976, lequel était dirigé par l’éminent professeur et historien, Emile Mworoha. Dans sa stratégie première en matière de promotion de la musique burundaise, ce dernier a tenu d’associer comme consultants dans son travail, d’autres élites burundaises chercheurs déjà plongés dans le patrimoine musical traditionnel. Grâce à leur apport, ils ont contribué à dégager les richesses profondes de notre art musical qui ont ensuite guidé les productions du premier orchestre national du Burundi dès 1977.

« Je suis témoin des efforts fournis à cette époque par les hauts responsables du Ministère de la Culture où je travaillais, nous déclare Mgr. Justin Baransananikiye. En effet, les fondements sur lesquels ont été bâtis les travaux aussi bien de l’Orchestre national que du Ballet national du Palais des Arts et de la Culture, ainsi que de l’orchestre instrumental traditionnel NAKARANGA, étaient le résultat des apports combinés des responsables ministériels avec des connaisseurs de la Musique traditionnelle burundaise, dont le professeur Jean-baptiste Ntahokaja, doyen de la faculté des langues africaines (qui a beaucoup publié au MRAC sur la musique burundaise), de Marc Barengayabo, compositeur de l’hymne national du Burundi et doyen de la faculté de droit, de Ndirabika Augustin, secrétaire aux affaires culturelles dans la mairie de Bujumbura et poète traditionnel très apprécié. Ce sont ces élites (dont la connaissance profonde de la culture burundaise était sans faute) qui ont tracé la voie que nous, à l’orchestre national, devrions obligatoirement suivre dans nos recherches musicales. Résultats évidents, conclut Mgr. Justin, nos productions musicales ont été couronnées de grands succès jusqu’à ce jour. »

REDACTION : Que s’est-il passé alors, pour qu’il y ait déviation de cette voie excellente qu’avait prise la musique burundaise moderne à sa naissance ?

Mgr. JUSTIN : En Septembre 1978, lorsque le visionnaire et premier directeur du département des Arts et de la culture, Sylvestre Ntambutso, bras droit d’Emile Mworoha, quitta ce poste, ce dernier était également nommé comme secrétaire général du Parti unique, Uprona. Le département de la culture tomba alors aux mains d’un bureaucrate sans expérience ni vision en matière de promotion de la musique nationale. Toute l’organisation s’écroula ; plus de consultation avec les élites culturelles que nous avons citées, et l’Orchestre national se disloqua l’année suivante.

REDACTION : Mgr. Justin, la grande question que les Burundais se posent aujourd’hui est celle-ci : « Pourquoi, précisément, les nouveaux responsables du ministère de la culture à cette époque, n’ont pas pu prendre le relais correctement et continuer sur la voie de promotion de la musique burundaise moderne originale comme l’orchestre national y avait été initié et l’avait si bien fait ?

Mgr. JUSTIN : Le domaine musical est mal compris au Burundi, même de nos jours. En effet, la promotion et le développement de la musique en général, n’appartiennent qu’à ceux qui en ont les talents, la vocation et la vision, et qui, en plus, sont qualifiés en cette matière. Diriger un département ou un service ou un projet de musique est une tache complètement différente du travail de bureau que nous connaissons. Même là, avoir de l’expérience en musique ne suffit pas. Il faut, en outre, que de tels responsables soient des personnes ayant démontré des capacités particulières d’entreprendre la recherche ethnomusicologique dont devront profiter les musiciens sous leur charge. Ces responsables ne restent pas assis au bureau, car ils sont appelés à encadrer les musiciens de façon permanente, à les former, à leur donner conseil, bref, à s’asseoir à côté d’eux, à travailler et à produire avec eux. LES MUSICIENS NE POURRONT JAMAIS RÉUSSIR SEULS SANS QU’IL Y AIT UNE POLITIQUE CULTURELLE CLAIRE ET SOLIDE EN MATIÈRE DE PROMOTION DE LA MUSIQUE NATIONALE. Dans son ouvrage « Musique de l’Afrique », Francis Bebey, ethnomusicologue et chanteur Camerounais, fait une série de propositions à ce sujet. Nous les étudierons dans le prochain article.

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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