(Suite) : PRESENTATION D’UN ARTISTE-MUSICIEN BURUNDAIS : Magloire NIBIGIRWE (alias BUDDY)

Photo en affiche: à gauche. Tanga (guitariste de Nikiza David) et à droite, Magloire (alias Buddy)

Extrait du Livre « DE L’INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE,
UNE HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE
(de Mgr. Justin BARANSANANIKIYE)

… Buddy n’en n’a pas fini uniquement là. « Au Rwanda, ajoute-il, c’est moi qui ai ouvert le premier club musical à Kigali après la guerre de 1994. » En matière de promotion de la Musique au Burundi, poursuit-il, je rencontre des problèmes essentiellement de deux ordres :
• D’abord, le Burundi n’a pas de Ministère chargé exclusivement de la culture. Nous devrions avoir un ministre de la Culture gagné à cent pour cent à la culture musicale et impliqué dans le business musical.
• Le second problème concerne les artistes qui ne sont pas formés à l’école. Pour que les choses marchent, il faut absolument que les musiciens Burundais entrent dans des écoles de Musique. On n’arrivera nulle part si leur niveau reste tel qu’il est actuellement. Nous devons fonder des écoles spécialisées en Musique et lutter pour amener des organisations internationales comme l’UNESCO à nous donner des professeurs compétents pouvant enseigner dans nos conservatoires.

Primusic est un business musical très rentable, précise Buddy. La BRARUDI qui l’organise dépense au moins cinquante mille dollars pour importer des instruments de haute qualité pour la sonorisation des spectacles. Il nous faut absolument des équipements pour nos spectacles musicaux. Par ailleurs, nous savons que le Burundi diffuse au moins 70% de musique étrangère sur toutes les radios et télévisions locales réunies. Il nous faut inverser cette tendance si nous voulons gagner grâce à notre musique. »
Buddy fait des propositions concrètes à ce sujet : « Nous devons, à titre d’exemple, pouvoir payer des artistes étrangers dont nos médias diffusent les chansons afin de les attirer à venir au Burundi parce qu’ils y trouvent leurs intérêts. En agissant ainsi, nous exigerions aussi de la part de leurs pays et de leurs organisations de payer la diffusion de nos chansons chez eux. Si nous respectons les affaires des autres, ils respecteront les nôtres à leur tour. Les droits d’auteurs ne fonctionnent que là où les affaires marchent. Michael Jackson, par exemple, gagnait dans ses concerts avec des sponsors comme Coca-Cola. La Musique rapporte plus que le football. Il n’y a pas de retraite pour un musicien. Dans le Football, on n’a que jusqu’à 25-30 ans d’activité et on prend la retraite. Mais les musiciens restent toute leur vie et même après leur mort. La Famille Marley, tout comme Jimmy Hendrix, est la plus riche de la Jamaïque après sa disparition. Elle est propriétaire des grandes fabriques de souliers de marque NIKE aux Etats-Unis. Souvenons-nous toujours que La culture vend beaucoup plus avec un background musical. »
Buddy termine enfin en disant que, si un jour on lui demandait de devenir ministre de la culture, il l’accepterait volontiers parce qu’il comprend que culture égal business. Il cite l’exemple du Festival Musical des pays riverains du lac Malawi qui se tient une fois par an et qui aujourd’hui, a conscientisé et amené les gens à respecter ce lac qui, il y a quelques années, était devenu un vrai dépotoir. « Nous pourrions faire la même chose sur le lac Tanganyika avec des artistes musiciens à la mode dans ces pays. Commençons à organiser des spectacles similaires avec des artistes Burundais inconnus pour qu’ils trouvent des promoteurs dans d’autres grands festivals internationaux».

Buddy avait rejoint le premier orchestre national du Burundi dès sa création en 1977, où il tenait le rôle de guitariste bassiste et compositeur aux cotés de Kirundo Gérard (chanteur et guitariste), Evariste Niyonzima (batteur), Adolphe Bigirimana (soliste, chanteur et compositeur), Justin Baransananikiye (Organiste et chanteur-compositeur), Ndirabika Augustin (chanteur et compositeur), Aloys Ndahigeze (guitariste) et Canjo Amissi qui fut recruté quelques mois plus tard.
Aujourd’hui, Buddy tient un studio musical professionnel chez lui à Rohero, Avenue Bubanza. Ce business qui le garde en contact permanent avec les nouveaux musiciens qui viennent y enregistrer, a fait de lui le seul survivant de la première génération des Pionniers de la Musique Burundaise moderne, qui sert comme pont de liaison entre ces derniers et la nouvelle génération du 21ème siècle.

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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