PRESENTATION D’UN ARTISTE-MUSICIEN BURUNDAIS : Jean-Christophe MATATA

(Extrait du Livre « De l’Inanga à  la Guitare Classique- Une Histoire de la Naissance de la Musique Burundaise Moderne »
De Mgr. Justin BARANSANANIKIYE )

Le 3 janvier 2011 disparaissait au Cap, en Afrique du Sud, Jean-Christophe MATATA, une des grandes icônes de la Musique Burundaise moderne. Dans son ouvrage « De l’Inanga à la guitare classique, Une Histoire de la Naissance de la Musique Burundaise Moderne », Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, ancien musicien et Chef du premier Orchestre national du Burundi de 1977 à 1979, et qui l’a bien connu, nous brosse ici son bref portrait.

« … Il existe un certain nombre de Musiciens que nous classons dans la catégorie que nous appelons « Musiciens Intermédiaires » pour la simple raison qu’ils n’ont pas évolué dans l’un ou l’autre des grands groupes musicaux constitués au Burundi alors qu’ils émergeaient déjà vers la fin des années 70s. Ces musiciens luttaient soit seuls avec leur guitare ou essayaient de commencer timidement à créer de petits groupes sans expérience. Cependant, leur contribution dans le développement de la Musique Burundaise moderne a eu un impact aussi important que celui des grands groupes connus et nous leur devons ici quelques lignes de reconnaissance.
Parmi ces « chanteurs-vedettes en devenir» comme on les appelait à l’époque, les plus influents furent d’abord le jeune Guillaume, alias Papa Guy-Guy, premier chef d’orchestre et chanteur de talent très apprécié du groupe « Ntahangwa River » créé à Kamenge en 1977 et que rejoignit peu après Matata Jean-Christophe, et Prosper Burikukiye (alias Bahaga) de passage seulement, tous deux auteurs-compositeurs et interprètes. Les célèbres chansons de Matata,  «Amaso akunda » et « Mukobwa ndagowe » furent écrites et composées à cette époque bien que plusieurs ne les découvrirent que plus tard lorsque Matata sortit son premier album à Kigali. Ces tubes lui valurent de devenir chef de cet orchestre qui venait de changer de nom pour être appelé « Mihigo Des Grands-Lacs » et ensuite devenir « Orchestre Imboneza » lorsqu’il fut pris en charge par la Maison du Parti Uprona en 1978. Pour eux, c’était une promotion.
Ce groupe musical se constitua en entièreté sans tarder avec d’autres musiciens comme Emmanuel Kidodoye, Papa Sele, Toto (petit frère d’Adolphe Bigirimana de l’orchestre national), Abdallah (le phénoménal bassiste gauchiste) et le batteur Augustin Kavabuha, alias Ogiga dont nous gardons la chanson « Muvyeyi ndagushemeze uri inkingi y’umuryango ». La jeunesse des quartiers de Bwiza, Buyenzi, Nyakabiga, Kamenge et Kinama s’aligna en masse derrière eux, abandonnant les grands orchestres à la bourgeoisie aisée de la capitale. Les débuts quelque peu timides de Matata avec Guillaume ne semblaient intéresser ou attirer qui que ce soit à Bujumbura. Né à Kamenge, à Bujumbura en 1962, Matata côtoie aussi Nikiza David dès l’année 1978. De ce dernier, il apprend qu’un jeune Burundais, tout comme ceux des autres pays, peut faire carrière en musique, sortir de son pays et réussir.

Compositeur, Matata en était un. Chanteur, sa voix s’imposait déjà comme pouvant concurrencer celles des artistes déjà connus dans nos grands orchestres organisés. Il choisit alors de s’inspirer du courant « Reggae » en vogue à l’époque, et son premier titre que nous venons de mentionner, « Amaso akunda ntabona neza » le propulsa à la hauteur des musiciens de choix au Burundi, et souffla fortement sur les mélomanes de Bujumbura comme celui d’un Alpha Blondie à ses débuts en Côte d’Ivoire. Ses spectacles au Centre culturel Français de Bujumbura et les soirées dansantes qu’il animait avec l’orchestre « Mihigo des grands-Lacs » étaient bondés de monde, spécialement de jeunes qui étaient quelques peu déçus de n’avoir pas trouvé chez les groupes géants « Amabano » et l’«Orchestre national » ce qu’ils attendaient réellement d’un réveil dans l’occidentalisation de la Musique Burundaise. Et, il semblerait que c’est par suite d’une pression exercée sur eux par la Maison du Parti Uprona, les obligeant de composer et de produire des chants à caractère politique, que Matata Christophe entraîna l’orchestre «Mihigo des Grands-Lacs » devenu « Imboneza » à rompre un soi-disant contrat qui n’existait d’ailleurs pas. A cette même époque, ils furent recrutés par l’Hôtel Source du Nil comme groupe professionnel et changèrent d’appellation devenant désormais «Orchestre Africa Nil Band ».

Jean-Christophe Matata regardait de plus en plus vers l’avenir de sa carrière musicale, cherchant à percer plus loin hors du pays comme le lui avait conseillé David Nikiza. On ne sait pas exactement si des problèmes de rémunération auraient été la cause de leur divorce avec l’Hôtel Source du Nil, car moins d’une année plus tard, Matata entraînait tout le groupe à le suivre dans une nouvelle aventure au Rwanda. Ils y furent découverts et gagnèrent une grande popularité dès l’enregistrement du premier album de Matata au studio d’Aaron Nitunga (alias Tunga) à Kigali, avec ses anciens succès auxquels il allait ajouter deux ans plus tard de nouveaux tubes, « Umpora iki ? », « N’i Nyagasambu rirarema », «Ihorere ntusarare », etc. L’esprit de professionnalisme s’emparait donc du jeune Matata qui continuait à faire la navette entre Bujumbura et Kigali, donnant des concerts et animant des soirées dansantes de part et d’autre de l’Akanyaru. Des hommes d’affaires et des producteurs Rwandais le découvrent aussi et s’intéressent à lui, se rappelant de Nikiza David qui les avait quittés pour aller évoluer à Nairobi quelques années auparavant. Matata put signer des contrats, devenant presque un résident permanent au Rwanda où il pouvait désormais gagner son pain grâce à son talent de chanteur et faire des plans pour son avenir professionnel. Une célèbre chanson traditionnelle « Iyo manzi we » modernisée par Matata fut très acclamée par le public burundais. La guerre civile éclatant au Burundi en 1993 le poussa à s’exiler définitivement jusqu’en Belgique où avec ses chansons, il contribua beaucoup à la pacification de son pays tant meurtri, visitant même les réfugiés Burundais dans leurs camps en Tanzanie, et nul n’oubliera son célèbre « Hutus, Tutsi, nous sommes tous des frères ».

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MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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