“UMUGORE TEMBA NTEREKE!” David NIKIZA (alias NIKI DAVE), Une vérité incontestable qui a pourtant blessé.

Fondateur du Groupe musical ‘Explorers’ qu’il ramène avec lui de Nairobi en Février 1978, David NIKIZA fut pour les mélomanes burundaises l’étoile qui ouvrit une nouvelle ère dans l’histoire de la Musique Burundaise. Dans son livre « De l’Inanga à la Guitare Classique, une Histoire de la naissance de la Musique Burundaise Moderne », Mgr Justin Baransananikiye écrit :

« La première sortie en concert du groupe ‘Explorers’ baptisé désormais ‘Amabano’ eut lieu le premier week-end du mois de Mai 1978 au Campus Kiriri. Et comme ils n’avaient personne pour jouer les claviers, Justin Baransananikiye de l’Orchestre national fut sollicité pour les compléter. Cette soirée releva encore davantage la fierté et l’espoir des Burundais quand au progrès indéniables que leur musique venait de franchir pour se mettre au rang des musiques africaines appréciées à l’échelon international.

Il est à noter que jusque-là, l’Orchestre ‘Amabano’ restait encore à l’abri des sollicitations de production de chansons à caractère politique. Nikiza n’aimait pas se lancer dans cette pratique aveugle qu’il qualifiait de « stratégie de destruction des talents des artistes ». Il s’attachera plutôt à la composition de chansons portant des messages socio-éducatifs dont, Sangwe bagiraneza , et bien sûr des thèmes d’amour comme Urantunga mu bandi, Sinarinzi ko norize. Mais, ayant remarqué un comportement contraire à la tradition Burundaise chez les grandes dames au sein de la société aristocratique de Bujumbura, David, sans nommer qui que ce soit, compose et enregistre à la Radio nationale la chanson Umugore w’ubu ni Temba ntereke qui lui vaut immédiatement d’être révoqué de l’Orchestre ‘Amabano’. De quoi parlait-elle au juste ? Une véritable satire corrective ainsi libellée :

UMUGORE TEMBA NTEREKE

Agahengera utashe akaja mu buriri,
Agasinzikara hewe!
Akagutega inyonko y’impimbano.
Agahengera ugiye agatamba agasiga,
Imigere igahinda:
Umugore w‘ubu ni Temba ntereke!

Ukamusigira abana ukagenda ku mirimo,
Agafata inzira
Agahinguka abonye igihenda abaja;
Akarenga irembo ngo agiye gusuma,
Ihi bambewe! Ho!
Umugore w‘ubu ni Temba ntereke !

Ukamuha imodokari, agasimba akayanka,
Ng’Oya, data, je nishakira indege.
Ukamwongera iyindi, akarahira akarengwa:
Ng’Oya, data, je nishakira indege !

Agahengera utashe akaja mu buriri,
Agasinzikara hewe,
Akagutega inyonko y‘impimbano
Agahengera ugiye agatamba agasiga,
imigere igahinda:
Umugore w‘ubu ni Temba ntereke !

Ugakubita urugohe,
Ukarenga, akarenguka,
Ugasimba umugende,
Agasimba uwundi ;
Akarenga imirambi,
Akihereza impinga,
Agacurwa n‘inyomvyi yo mu mataha !

Umugore nya mugore ntiyishinga ikizungu,
Oya, bambewe!
Yokwamana umutima wo kwubaka.
Ntiyikika mu kiza ngo atemvye umugabo,
Aramubungabunga
Umugore nyawe yohora gutyo !
Umugore mwiza ni uwobimenya !

(Umugore nyawe ntayoberana
Ni ishiga ryo ku ziko
Ni igikingi c’irembo
Ni ikirezi co mw’izosi
Ni urutezo rw’abahetse).

C’est bien ici la raison réelle de la révocation de David Nikiza de l’orchestre ‘Amabano’, poursuit Justin, bien que l’on a évoqué une question de refus de signature de contrat avec la Radiodiffusion nationale ».

Athanase Karayenga qui était Directeur général de la Radiodiffusion nationale du Burundi à cette époque, et qui fut l’acteur principal dans la venue au Burundi de NIKIZA et de son groupe, nous livre ici un témoignage poignant dans un échange qu’il a partagé sur IWACU le 17 Novembre 2014.

« Chers amis,

Je suis à Niamey où je découvre l’hommage à Niki Dave. Un musicien exceptionnel. Comme ses compatriotes Burundais Africanova, Tanga (Antoine Ntiruhwama, frère de Kha Djanin) et les autres musiciens kenyans et congolais qui ont accepté le challenge de venir au Burundi pour continuer leur production musicale. Pour votre information, sachez que c’est mon ami Antoine Ntamikevyo, qui était directeur de la deuxième chaîne du Burundi à l’époque, qui m’a convaincu de lui donner mandat pour convaincre la jeune et brillante équipe de Niki Dave de revenir au Burundi. C’était au début du régime Bagaza…. J’étais directeur général de la radio nationale et j’avais une folle ambition de doter cette radio d’une troupe de musique pour gagner de l’argent et faire de la radio nationale un producteur musical incontournable….

Pour votre information aussi, la radio nationale a acheté un équipement de studio le plus moderne de l’époque pour la production musicale. Le grand studio de la radio nationale était devenu un petit « Holly Kabondo » à l’instar des autres « Hollywood et Bollywood ou Nollywood ». On rêvait grand. Très grand à l’époque et j’avais la confiance absolue du pouvoir pour développer la musique et la radio nationale. Toujours pour votre information, c’est moi qui leur ai donné le nom de « Amabano » par allusion à un chant traditionnel burundais qui s’intitule ‘Amabano y’inka’. Peu de gens savent que dans la poésie pastorale, ‘Amabano’ désignent ‘les flèches des vaches’ autrement dit les cornes des vaches. Je voulais ces jeunes musiciens offensifs dans le bon sens du terme.
Pour votre information encore et encore, dans cette magnifique aventure des ‘Mabano’, il faut rendre hommage à un coopérant, M.Claude Thévenet, qui a été la cheville ouvrière pour choisir le matériel musical, pour l’installer et pour la prise de sons. Il a fait venir un arrangeur musical qui a encadré les ‘Mabano’ avant qu’ils ne gagnent le concours du Moulin d’Or lancé par Radio Nederland et géré par une représentante régionale de cette radio qui résidait à Niamey où je l’avais rencontrée. La musique qui a valu le premier prix sur le continent africain d’une troupe a été composée sur un air donné par Manu Dibango. Les ‘Mabano’ ont travaillé comme des malades pour composer une musique extraordinaire qui leur a valu ce prix.
Pour votre information, toujours, et encore. La chanson culte Sinarinzi ko norize a été composée par Niki Dave bien avant qu’il quitte la radio nationale… Après mon départ de la radio nationale, il semble que le ministère de la Communication voulait que les ‘Mabano’ chantent des chants à la gloire du régime, qu’ils deviennent des fonctionnaires avec les horaires de travail des fonctionnaires. Moi j’avais engagé un budget de la radio pour leur acheter une maison très simple à Nkakabiga afin qu’ils puissent travailler à leur rythme et selon leurs propres horaires. Ils pouvaient travailler et répéter jusqu’à des heures avancées de la nuit.
Enfin, enfin, sachez que le premier concert organisé par la radio nationale dans la salle des spectacles de l’ancien collège du Saint Esprit devenu Campus Kiriri a permis à la radio de gagner en une nuit 1.000.000 de Francs Bu (montant énorme à cette époque). Nous avions un contrat avec les ‘Mabano’. La radio prélevait 60% des gains et les ‘Mabano’ 40%.
Il n’y a pas d’autre secret pour faire prospérer la musique burundaise. Il faut que les artistes gagnent correctement leur vie et que les producteurs aussi gagnent de l’argent. Ce rêve s’est brisé après mon départ et surtout après la dislocation des ‘Mabano’ consécutive au départ de Niki Dave. Pour autant, il ne faut jamais oublier que Niki Dave a été une étoile dans une constellation peuplée d’autres étoiles filantes comme Africanova et Tanga (Antoine Ntiruhwama, frère de Kha Djanin). Pour ne nommer que les deux compatriotes. Merci d’avoir restitué la saga de Niki Dave et de lui avoir rendu un vibrant hommage si mérité ».

Et Mgr. Baransananikiye de conclure : Umugore Temba Ntereke fut enregistrée à la radio nationale au mois de Juillet 1978 avec la participation de : David Nikiza (alias Niki Dave) au chant voix soprano et à l’accompagnement avec la guitare, Antoine-Marie Rugerinyange (alias Africanova) au chant voix ténor, Antoine Ntiruhwama (alias Tanga) à la guitare solo, John Kagenda (Kenyan) à la guitare basse, Tula wa Lupini (Congolais) à la trompette, et le Kenyan Super wa Super à la batterie.

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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