« UKUVYINIRA ISEKURO » : Style Musical traditionnel du Burundi, au rythme du Mortier et du pilon.

« UKUVYINIRA ISEKURO » : Style Musical traditionnel
du Burundi, au rythme du Mortier et du pilon.
(En affiche : villageoise burundaise pilant le manioc)

Extrait du Livre « Musiques Traditionnelles, Vocales
et Instrumentales du Burundi »
de Mgr. Justin BARANSANANIKIIYE

Cette musique burundaise quelque peu étonnante est spécifique des régions de l’Imbo et du Mumirwa qui constituent un couloir de près de 200 kilomètres tout le long du lac Tanganyika, allant de la province de Cibitoke au Nord-Ouest jusqu’au Sud à Nyanza-Lac, en province de Makamba. Ce genre de chansons « du mortier et du pilon » se retrouve également chez les tribus Congolaises Bafulero, Bashi, Babembe et Barega du Sud Kivu vivant à l’autre rive du lac.

‘Kajaga’ quant à elle, est une petite bande côtière située au Nord du lac Tanganyika entre la ville de Bujumbura et le centre de Gatumba, sur la route menant vers les localités congolaises de Kavimvira et Uvira à la frontière du Burundi avec la République Démocratique du Congo. Comme tous les centres frontaliers, Kajaga connaissait dans les années 50-60 un commerce florissant, spécialement celui du poisson frais pêché dans le lac. Les populations des contrées environnantes (Faubourgs de la capitale, Muzinda, Gihanga, Bubanza, Isale, Buhonga, etc), s’y rendaient toujours pour s’en procurer à bas prix.

Les femmes et les filles de l’Imbo et du Mumirwa pilant le manioc pour en faire de la farine à utiliser pour la cuisson de la pâte, chantaient très souvent cette mélodie accompagnée de paroles évoquant un triste souvenir qu’elles ne souhaitaient guère voir se répéter. En effet, « Yagiye mu Kajaga » est une petite histoire en quatre phrases seulement, évoquant un chef de famille qui se rend au marché de poisson de Kajaga pour y acheter les petits poissons frais (umugara), ici désignés sous l’argot ‘Imbirimbiri’. Au retour à la maison, il trouve malheureusement que la femme n’a pas pilé le manioc, et par conséquent, pas de farine pour faire de la pâte rapidement. La suite est claire : il se saisit d’elle et la bat très fort comme un pilon pile le manioc, l’écrasant sauvagement même sur un rocher. Et nos mères s’en sont inspiré pour composer et chanter : « Yagiye mu Kajaga ».
Yagiye mu Kajaga,
Kugura imbirimbiri,
Asanga ntabuhuye,
Ashika kundida,
Ku mundarara,
I-didi-didi-didi,
I-didi-didi-didi,
I-didi-didi-didi,

(FRANÇAIS : Il est allé à Kajaga
Acheter le petit poisson
Et, à son retour,
Je n’avais pas encore pilé le manioc :
Il m’a alors saisi, m’a battu,
Et m’a écrasé sur un rocher !
I-didi-didi-didi,
I-didi-didi-didi,
I-didi-didi-didi.)

Né justement dans la région de Bujumbura, origine de cette chanson, l’artiste Jérémie Hakeshimana (alias Yélé) qui vit en Belgique, a fait de cette musique « du mortier et du pilon » l’objet de ses recherches et en a créé un nouveau style musical qu’il a baptisé ‘UMUDIDIZO’.

« Il a déjà réalisé 4 albums mélangeant des sons provenant de l’Afrique profonde, d’instruments, de rythmes traditionnels et des sons modernes et d’influences jazzy. Ses compositions se rangent dans le style Umudidizo caractérisé par l’utilisation du pilon comme instrument ». http://www.conseilfrancophone.org/fr_FR/artists/detail/id/119.

L’Institut de Musicologie de Gitega tient à saluer ici les efforts de Jérémie dans la promotion de la Musique burundaise.

https://musicologygitega.wordpress.com

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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