IL Y A 20 ANS : Le Grand CANJO AMISSI NOUS QUITTAIT !

IL Y A 20 ANS : Le Grand CANJO AMISSI NOUS QUITTAIT !
(Une Interview avec Mgr. Justin Baransananikiye,
son plus proche Collaborateur à l’orchestre national)

En hommage au grand artiste-musicien Burundais, CANJO AMISSI, disparu en 1996, l’Institut de Musicologie de Gitega consacre une série d’articles à sa mémoire au cours de cette semaine.

Le 6 Avril 1996 s’éteint CANJO AMISSI, l’une des grandes étoiles de la Musique burundaise moderne. Alors âgé de 39 ans seulement, le lauréat du CONCOURS NATIONAL DE LA CHANSON DU BURUNDI 1977, et également du Concours international DECOUVERTES 81 et du PRIX CALAO, venait de réaliser un fructueux parcours musical de 19 ans, successivement avec le premier Orchestre national du Burundi, ensuite avec l’Orchestre AMABANO de la Radiodiffusion nationale du Burundi. Notre rédaction a rencontré à cet effet Mgr. Justin Baransananikiye, ancien chef de l’Orchestre national, qui nous fait le récit des premiers pas de CANJO dans la carrière musicale.

RÉDACTION : Mgr. Justin Baransananikiye, vous avez dirigé le premier orchestre national du Burundi de 1977 à 1979, époque où justement la grande vedette burundaise, CANJO AMISSI, faisait ses premiers pas d’entrée sur la scène musicale par le biais de ce célèbre orchestre. Nos lecteurs aimeraient beaucoup connaître la genèse de sa carrière.

Mgr. JUSTIN : Effectivement, en Mai 1977, je venais d’être moi-même recruté comme musicien (joueur de claviers) à l’Orchestre national alors organisé sous les auspices du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. J’étais nommé coordinateur du département des Arts et de la Culture et Chef de l’Orchestre national encore naissant ; nous préparions d’arrache-pied la première sortie publique de l’Orchestre qui devait avoir lieu de 1er Juillet 1977 au stade. Après cet événement, qui fut une grande réussite (voir photo en affiche prise dans les jardins du Palais du 1er Novembre après la réception officielle offerte par le Président Bagaza), le département de la Culture avait prévu la tenue du CONCOURS NATIONAL DE LA CHANSON DU BURUNDI à la fin de la deuxième semaine du mois de Juillet.

RÉDACTION : Jusque-là CANJO n’était pas encore connu apparemment, puisqu’on ne le voit même pas sur la photo de famille en affiche.

Mgr. JUSTIN : C’est ça. Il venait à peine d’obtenir son diplôme d’Ecole Normale au Lycée de Burengo à Ngozi au mois de Juin. Mais, ce jeune homme s’était déjà illustré auparavant comme grand guitariste-chanteur, ayant été repéré dans cette province de Ngozi par le Ministre de la Culture (Emile Mworoha) lors des premières tournées provinciales effectuées par le Président Bagaza qui venait de prendre le pouvoir seulement 7 mois avant (en Novembre 1976). Convaincues que c’était un élément de poids à recruter bientôt, les autorités du Ministère demandèrent à CANJO de venir déjà visiter l’orchestre national et de participer en même temps au CONCOURS NATIONAL DE LA CHANSON DU BURUNDI qui allait se tenir. Et, au cours du week-end de la deuxième semaine de Juillet 1977, tous les doutes furent dissipés après sa participation magistrale à l’événement (dans la salle du Collège du Saint-Esprit, actuel Campus Kiriri) avec son tout premier hit ‘NTACICA NK’IRUNGU’, acclamé et primé par un jury compétent constitué de Sylvestre Ntambutso (directeur du département), Marc Barengayabo (compositeur de l’hymne national) Ngabo Léonce (lauréat du concours PIROGUE D’OR 1973), Ndirabika Augustin (secrétaire aux affaires culturelles dans la Mairie de Bujumbura et Commissaire national aux Pionniers de la JRR), Ndenzako Michel (Chef de la Chorale de la cathédrale Regina Mundi), Mageregere Ignace (Organiste de ladite Cathédrale) et Justin Baransananikiye (ancien professeur de musique à l’école normale de Kibimba).

REDACTION : Et, comme vous relatez cette journée dans votre livre ‘De l’Inanga à la Guitare Classique’, ce fut pour CANJO un coup d’essai, mais un coup de maître, n’est-ce pas ?

Mgr. JUSTIN : Mais, oui, je décris les faits en ces termes : « Un jeune homme au regard timide, peu bavard, sans chevelure imposante mais au doigté parfait et impressionnant sur la guitare, fit l’événement en chantant une histoire tirée d’un conte d’anciennes épopées guerrières, qui lui valut une ovation qui rappelait le couronnement de Ngabo Léonce à ‘La Pirogue d’Or de la Chanson 1973’. Cette nouvelle révélation artistique n’était autre que Canjo Amissi que le jury prima dans la série des chants exécutés en solo avec son chant « Ntacica nk’irungu ».
Et à la sortie de la salle, Ndirabika Augustin déclara :
« Avec la naissance récente de l’Orchestre national, je pense personnellement qu’avec l’apport de cet artiste inhabituel qu’est Canjo Amissi, nous pourrons gagner la bataille de revalorisation de notre musique. »

RÉDACTION : Et CANJO fut immédiatement recruté comme musicien au sein de l’Orchestre national.

Mgr. JUSTIN : Non, pas immédiatement. En effet, après ce concours, nous devrions accueillir l’Orchestre IMPALA du Rwanda (qui était l’orchestre représentatif de ce pays à l’époque) et l’accompagner dans une longue tournée musicale à Bujumbura, à Gitega et à Ngozi. Ensuite, nous allions également accueillir la troupe du Ballet national de Roumanie qui venait visiter le Burundi au cours du mois suivant. CANJO fut finalement recruté au sein de l’Orchestre national au début du mois de Septembre 1977. Ainsi commença sa carrière musicale et sa chanson ‘NTACICA NK’IRUNGU’ fut enregistrée à la radio nationale dans la série des tous premiers titres du groupe, dont ‘Indege irahinda’, ‘Bakanibona’, Imvumero yawe ni yo ngomagoma, ‘Sha ya Rugamba’. CANJO AMISSI, un artiste amoureux de la guitare, un jeune homme au tempérament passionné et au regard doux, aux manières simples, mais d’une ardeur rapace sur sa guitare : voilà comment je l’ai rencontré et connu dès son entrée au sein de l’orchestre national !

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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