Chants et Musiques Burundaises accompagnés Aux rythmes des grelots (AMAYUGI) : Les ‘INTORE’ et les acrobates ‘AGASIMBO’

Chants et Musiques Burundaises accompagnés
Aux rythmes des grelots (AMAYUGI) :
Les ‘INTORE’ et les acrobates ‘AGASIMBO’

(En affiche : Jeunes acrobates ‘AGASIMBO’ et jeunes danseurs ‘INTORE’)

Rien de commun historiquement ni même géographiquement parlant à ces deux musiques traditionnelles burundaises que plusieurs reconnaissent simplement comme des danses. Mais leur dimension dépasse le qualificatif de simple chorégraphie.

Les danses et chants des « Intore » sont une spécialité des régions du Nord du Burundi, Bugesera-Busoni, en province de Kirundo près de la frontière avec le Rwanda. Ce type de folklore est d’ailleurs trouvé également à l’autre côté dans ce pays voisin. Il est bien connu que dans le Burundi ancien, les « INTORE » étaient des guerriers (armée officielle) du Mwami (Roi).
Les danses et chants ‘AGASIMBO’, par contre, sont un folklore caractéristique de la région du Buragane qui couvre essentiellement la province de Makamba située dans le Sud-Est du Burundi à la frontière avec la Tanzanie. C’est là que vit un clan supposé avoir des souches d’origine du Buha, royaume autrefois situé dans cette zone côtière de la Tanzanie. La danse masculine ‘Agasimbo’ est une spécialité particulière à ce clan.
Ces deux styles musicaux traditionnels burundais sont exécutés avec accompagnement aux rythmiques des grelots (Amayugi) qui, dans les deux cas sont portés aux chevilles par les danseurs-chanteurs. Nous découvrirons aussi plus loin l’art du spectacle et les chants-danses ‘UMUYEBE’ des régions de l’Imbo et du Mumirwa tout le long du lac Tanganyika.
A propos justement des ‘Intore’, touristfriends.bi, écrit : « Lors de leur exhibition, les Intore sont vêtus de peaux de léopard, coiffés d’un chapeau en sisal, les grelots aux chevilles, un collier au cou et portent une lance dans la main droite. Dans la main gauche ils tiennent une tige de bois sur laquelle sont tressés des fibres de sisal représentant un bouclier. C’est au rythme du son de cor d’une corne d’antilope, d’un sifflet et d’un tambour qu’ils dansent dans un vacarme assourdissant, digne de la terreur guerrière. Le mouvement de la danse change en fonction du contenu du poème déclamé par le meneur qui organise l’ensemble de la scène. »
Et au sujet des acrobates-chanteurs ‘Agasimbo’, EnjoyBurundi écrit : « Comme la plupart des danses des hommes du Burundi, l’ « Agasimbo’ est exécutée avec une habileté visant à prouver le talent, la souplesse, la beauté et la force physique des danseurs. Il s’agit aussi d’une performance de divertissement souvent organisée pour le plaisir et la joie des habitants de cette région du Buragane; mais aussi pour l’amusement de la population le soir, surtout en période de bonne récolte dans cette région fertile du pays. Cette danse acrobatique exige beaucoup de souplesse: le danseur tourne successivement autour de lui-même comme une toupie par des mouvements au rythme des battements des pieds et les mains en alternance en touchant le sol au diktat des refrains. L’ ‘Agasimbo’ a existé depuis la monarchie et a traversé les âges jusqu’à ce jour, car il se transmet de père en fils, dans la même localité géographique. »

Toute danse est généralement liée à une expression musicale chantée ou tout simplement déclamée. Le Burundi regorge de tels styles que nous continuons à découvrir ici et là grâce à notre percée par des fouilles ethnomusicologiques dans nos diverses régions naturelles. Nous apprenons, par exemple, que quand le Roi Mwezi rentrait à son Palais à Muramvya après une victoire sur ses ennemis (il était toujours victorieux d’ailleurs, sauf face à la puissance allemande), des foules en liesse l’accueillaient en chantant « Sanganira Gisabo zararaye, nkima, we ! ». En même temps, les guerriers ‘Intore’ entourant majestueusement le monarque nourrissaient le spectacle par leurs lourds battements de pieds que le vacarme des grelots embellissait et rendait toujours plus solennel de façon extraordinaire. Il semblerait encore que la colline de SAGA qui surplombe la capitale royale du côté Nord-Est au dessus de Mbuye, aurait justement reçu ce nom parce que les victoires du roi y étaient toujours fêtées, le peuple s’y rendant en masse pour brandir à haute voix le cri de victoire « SAGA ! SAGA ! SAGAMBA BURUNDI ! » que Ngabo Léonce reprend dans son célèbre hit portant le même titre, ainsi que le « HORANA UMWAMI N’ABAGABO ! » que les auteurs des paroles de l’hymne national ‘BURUNDI BWACU’ ont tenu aussi à inclure dans le texte confié à Marc Barengayabo pour la mise en musique. Fantastique ! Avec l’avènement de la 1ère République, ‘Horana umwami n’abagabo’ a été remplacée par ‘Horana Ubumwe n’Abagabo’.
De même, la musique mystérieuse exécutée au rythme des grelots par les acrobates ‘Agasimbo’ du Buragane, a également des origines et un sens socioculturels profonds encore cachés que nous découvrirons dans d’autres articles.

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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