NOS INSTRUMENTS MUSICAUX TRADITIONNELS, INSTRUMENTS POUR LES ‘MUSIQUES DE DEMAIN’ ?

NOS INSTRUMENTS MUSICAUX TRADITIONNELS,
INSTRUMENTS POUR LES ‘MUSIQUES DE DEMAIN’ ?

Quand les grands artistes africains, Francis Bebey, Mory Kanté, Salif Keita et d’autres entreprenaient avec courage le travail d’introduction des instruments musicaux traditionnels africains dans la musique moderne, nul ne s’attendait du tout à voir les résultats spectaculaires actuels qui en sont sortis et qui honorent l’Afrique et l’art de nos ancêtres. Prise dans les tenailles de l’électronique et de la technologie avancée de l’électro-acoustique qui la rendaient fade, sèche et presque sans vie, la musique moderne a trouvé dans les instruments traditionnels africains un souffle et un jus nouveaux avec un spectre d’inspirations infinies à leurs sources intarissables qui depuis des siècles nourrissent nos sociétés de leurs nombreuses et diverses originalités. Les instruments musicaux traditionnels du Burundi ne sont pas moins riches non plus. Il suffit de plonger l’oreille dans la profondeur de leurs échos pour s’en rendre compte.

– L’INANGA, cordophone longtemps reconnu comme instrument des musiques de la cour royale inspire par exemple un style de chant à la voix enrouée de force dont qu’on ne peut écrire sur partitions musicales, mais qui colle parfaitement avec cet instrument joué sur une gamme pentatonique et manipulé par des artistes avisés et emportés par ses accents. Mais l’on constate déjà que cette musique s’accommode sans difficultés à un mariage avec les musiques d’aujourd’hui. Ce travail louable et grandiose est la préoccupation d’un grand artiste burundais, Gilbert Ndakoze, qui en a fait une profession qui le passionne avec son collaborateur Torobeka Joseph, joueur d’Inanga. Dans une interview accordée au magazine IWACU, Gilbert déclarait avec raison : « Je suis marié à la musique !»

– L’IKEMBE, un lamelophone très répandu en Afrique tropicale, fait également partie des instruments musicaux du Burundi. L’on constate aujourd’hui que le style de chant de cette musique jouée et chantée sur cet instrument est quelque peu différent de celui d’autrefois. En effet, les artistes de nos jours, très influencés par les musiques modernes, composent plutôt des mélodies chantées pouvant être mises sur partitions musicales. Cela appariait ouvertement comme un signe prédisant que la Musique IKEMBE pourrait aussi un jour s’intégrer très facilement dans les musiques modernes et se développer en de nouveaux styles musicaux burundais à lancer sur les marchés des ‘Musiques du monde’. Ce rêve est aussi celui de l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA qui travaille actuellement sur le développement d’un instrument IKEMBE plus performant au point de vue sonore et artistique.

– L’arc musical monocorde UMUDURI, instrument traditionnel qui appartient aussi à de nombreuses cultures sur différents continents, fut à l’origine d’une musique traditionnelle burundaise riche qui était reconnue au grand artiste Emmanuel Nkeshimana disparu dans les années 80. Son style de chant difficilement codé sur partitions n’a pu jusqu’ici être imité par les jeunes joueurs d’UMUDURI actuels. Il faudrait absolument que l’on ait grandi dans le même contexte culturel traditionnel que Nkeshimana pour pouvoir vraiment chanter comme lui sur une gamme pentatonique forcément chromatique, des inflexions vocales bâties sur de nombreux triolets qui se suivent, faisant ainsi de cette musique un art spécial pour les conteurs traditionnels. Même si le groupe NAKARANGA que nous avions mis sur pied en 1977 au Ministère de la Culture a accompli un travail louable en symphonie avec différents instruments traditionnels, il reste toujours difficile de reproduire un art de chant ayant le vrai cachet Nkeshimana. Les compositions faites aujourd’hui penchent plutôt du côté de la musique moderne, mais cela constitue aussi une preuve que les deux styles pourront bien se marier si nous les combinons.

Les recherches sur les musiques traditionnelles du Burundi vont bon train et progressent de jour en jour à l’Institut de Musicologie de Gitega. Nous découvrons progressivement aujourd’hui de nouveaux styles de musiques traditionnelles inédits et quasi inconnus dans les régions du Bweru, du Kumoso, du Buyogoma et du Buragane que nous aurons un jour le plaisir de présenter au public burundais.

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MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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