GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE : La grande Responsabilité des ‘Jury’ des Concours Musicaux au Burundi.

GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE :
La grande Responsabilité des ‘Jury’ des Concours
Musicaux au Burundi.

(EN AFFICHE: Canjo Amissi, Africanova, Nikiza, Ngabo Leonce et Justin Baransananikiye)

Une seule guitare sèche, deux voix masculines bien coordonnées, voilà tout ce qui constitue cette célèbre chanson présentée par deux étudiants de l’Université du Burundi, et qui a été primée dans la catégorie des chants en groupe lors du Concours National de Promotion de la Musique Burundaise organisé par le Ministère de la Culture début Juillet 1977. Rappelons aussi que c’est lors de cet événement culturel que Canjo Amissi a gagné le premier prix dans la catégorie des chants en solo avec son hit « Ntacica nk’irungu ».

Le Jury de ce Concours, constitué de l’Abbé Marc Barengeyabo, Ngabo Léonce, Ndenzako Michel (directeur de la chorale de la cathédrale Regina Mundi), Ignace Mageregere (Organiste à la même cathédrale), Justin Baransananikiye (ancien professeur de Musique), Ndirabika Augustin (fondateur de l’Orchestre Akezamutima et poète) et de Sylvestre Ntambutso (directeur du département des Arts et de la Culture), n’était pas moindre quant à la compétence requise pour une tâche artistique de ce niveau.

REDACTION : Mgr. Justin Baransananikiye, en tant que membre de ce Jury, quels ont été les principaux facteurs et critères qui vous ont conduit, à l’unanimité, à primer « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE » ?

Mgr. JUSTIN : Trois facteurs essentiels :
– Sa simplicité artistique musicale originale et inédite, à la fois du point de vue vocal (deux ténors masculins très doux, aux voix expressives et équilibrées) et instrumental (une seule guitare sèche jouée sur des accords simples sans alourdissements) ;
– Son expression linguistique dans un KIRUNDI professionnel correct au point de vue grammatical et littéraire ;
– Le grand message patriotique qu’elle transmet au public. Voilà.

REDACTION : Mais quand vous parlez d’ « originale et inédite », c’est pour signifier quoi précisément ?

Mgr. JUSTIN : Ces deux termes sont toujours liés dans le travail d’appréciation confié à un Jury lors des compétitions musicales. L’originalité est cet aspect qui fait éclater la grandeur du génie créateur d’un artiste. En effet, tout compositeur possède un talent personnel inné, mais tous ne parviennent pas à creuser de la même manière dans les profondeurs de l’art créateur musical pour en ressortir avec des hits que les mélomanes n’oublieront jamais. L’inédit, par contre relève de la nouveauté dans la mélodie, le rythme et même dans le thème chanté : pas de copie, pas de plagiat comme on dirait en littérature. En jetant un coup d’œil sur les cinq auteurs-compositeurs Burundais sur la photo en affiche, vous pouvez bien vous-même, en tant que fan de la Musique burundaise moderne, faire une nette distinction entre eux sur base du caractère original et inédit de leurs chansons.
GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE
Gahugu kanje keza nakunze
Kama ku mutima
Uri gatoya ufise ubutore
Be n‘intwaro y‘intwari
Urampimbara ntaco noguha
Nkwipfurije vyinshi

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira

Senga ry’insangi riva ku Mana
Kamwa amata n’ubuki
Warahahajwe, urahenagurwa
Mpore ntiwatemvye
Iyakuremye n’ikuzigame
Ntuzogwe mw’isanganya

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira

Urangwa ku mutima wa Afrika
Iteka n‘ itekane
Abo wavyaye urabegeranya
Nta murozi, nta mwansi
Azokwigera ahirahira
Ngo agukore mu kwaha

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira

Ewe Burundi abatakuzi
Bazotira akarembe
Bave kw‘ihanga bagane iyo uri
Wewe karaba uhore
Bazova iwacu
Bata amacumu baririmba bati :

R/ Ni urambe usagarare
Waribarutse imfura nyazo
Ziharanira amajambere
Nta murundi w’umutima
Yovyibagira.

REDACTION : Parlons maintenant du grammatical et du littéraire. Comment ces deux critères ont-ils joué dans l’attribution du prix de la catégorie des chansons en groupe à « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE ? »

Mgr. JUSTIN : Etant six dans ce Jury, nous ne portions pas le même regard sur les œuvres musicales présentées afin de leur attribuer une cotation. Non. Tenez :

– Marc Barengayabo, Docteur en Droit Canon et en Musique, dirigeait d’abord ses appréciations sur la portée philosophique des paroles chantées, leur sens profond et la projection de leur impact public aussi. Il le faisait comme un homme de loi analysant un Code des Lois face à une situation donnée. Cela ressortait clairement lors des débats de délibération.
– Ndenzako et Ndirabika, grands poètes et auteurs des paroles de plusieurs chansons très aimées à cette époque, se concentraient, eux, sur la beauté des poèmes chantés, sur les rimes et tournures linguistiques touchant le cœur, etc.
– Mageregere (Organiste) et Justin (pianiste et organiste de l’Orchestre national) avions l’oreille branchée tout droit sur les constructions harmoniques et la beauté de la musique et du chant en général.

– Mais il y avait un autre, Ngabo Léonce, première vedette burundaise de la chanson moderne depuis 1973 au « Concours de la Pirogue d’Or ». Lui, censurait sans pitié le savoir-faire des concurrents en matière de communication par l’expression musicale, leur puissance de s’attirer la sympathie du public par la voix, le regard et le jeu instrumental, sans oublier l’impression qu’ils donnaient tour simplement dès leur apparition sur scène. En effet, il y en a qui se présentaient comme des fonctionnaires et non comme des artistes, et cela n’échappait pas à l’œil de Ngabo !

REDACTION : Et quels conseils donneriez-vous aujourd’hui à tous ceux qui organisent des Concours musicaux dans notre pays quant à la mise sur pied d’un Jury compétent ?

Mgr. JUSTIN : Le gros vient d’être évoqué. Il s’avère cependant très important de souligner ceci : QU’ON FASSE ATTENTION DANS LE CHOIX DES MEMBRES DU JURY DE TOUT CONCOURS MUSICAL. Ce sont en effet les ‘Jury’ qui font de ce dernier une réussite ou un échec. Ce sont les ‘Jury’ qui, fort malheureusement, ont joué le triste rôle de désorienter les jeunes artistes burundais ces quinze dernières années. Et vous voyez où nous en sommes maintenant !

REDACTION : Comment ?

Mgr. JUSTIN : Tous les ‘Jury’ dans nos concours musicaux devraient savoir qu’ils ont le devoir primordial de promouvoir et développer la Musique Burundaise dans le respect de son originalité artistique, mais aussi dans son expression à travers notre langue KIRUNDI. Un ‘Jury’ du Burundi qui prime une chanson ne tenant pas compte de ces valeurs, qui bafoue notre langue et qui n’est qu’une copie des styles musicaux étrangers, doit savoir que les autres jeunes auteurs-compositeurs burundais vont immédiatement suivre cette orientation et imiter le lauréat en pensant que c’est l’idéal à rechercher. Nos artistes musiciens n’ont pas besoin d’imiter une Béyoncé pour être reconnus comme de grandes vedettes. Ils doivent plutôt créer des œuvres nouvelles que des musiciens étrangers viendront chercher et acheter chez nous comme cela s’est produit avec la chanson « Soul Makosa » de Manu Dibango dont un thème a été copié par Michael Jackson soulevant une grande affaire en justice.

REDACTION : Donc, faire attention de ne pas injecter n’importe qui dans un Jury musical, n’est-ce pas ?

Mgr. JUSTIN : Exactement. Par exemple, ce Jury que nous formions à l’époque de « NTACICA NK’IRUNGU » et « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE » avait la mission de tracer une piste de vol pour la Musique burundaise moderne encore naissante. Voyez l’impact que ces deux chansons primées ont eu sur la création musicale au Burundi sur les dix ans presque qui ont suivi. L’Orchestre national a suivi cette orientation. Même David Nikiza qui était encore au Kenya m’a écrit après avoir entendu nos premières chansons, me disant : « Mon frère, Justin, j’ai appris qu’il y a un Orchestre national qui vient d’être créé au Burundi et que tu en fais partie, avec pour mission de promouvoir notre musique nationale. Je me suis assigné la même mission ici au Kenya. On comparera donc les chansons que vous produirez avec les miennes, et l’on saura qui, de votre groupe ou du mien, satisfera les Barundi en leur donnant l’espoir de se tailler une place d’honneur au sein de la Musique africaine moderne. »

REDACTION : Vous étiez donc un Jury poursuivant une vision précise.

Mgr. JUSTIN : Oui. En primant « NTACICA NK’IRUNGU » (chanson igitito traditionnelle) nous faisions un clin d’œil aux compositeurs burundais pour se tourner vers notre musique traditionnelle pour la développer. Quant à « GAHUGU KANJE KEZA NAKUNZE », en plus de sa valeur patriotique indéniable, nous voulions réveiller chez les artistes burundais l’envie de rechercher de beaux poèmes bien écrits et bien chantés dans notre langue. Que tous les Concours commencent désormais à se doter de Jury compétents ayant une vision précise.

http://www.musicologygitega.wordpress.com

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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