AHO GA URABIKA, RUSAKE? (L’Inanga à l’honneur!)

AHO GA URABIKA, RUSAKE?
(L’Inanga à l’honneur!)

Musique traditionnelle des nocturnes silencieuses en famille, l’art de l’INANGA s’est longtemps développé essentiellement dans les enclos (Rugo) du Burundi ancien, mais s’est vite démarqué comme « Musique-choix spécial des princes et des rois ». Chez les enfants, l’habitude s’était déjà gravée dans la mémoire comme quoi lorsqu’un vieux prenait son INANGA, il fallait vite le suivre et s’asseoir autour de lui pour écouter « Les riches récits du passé et les nombreux conseils et leçons de sagesse » qu’il allait chanter à leur intention. Raison pour laquelle les jeunes ont aussi aimé cet instrument, l’adoptant finalement comme le leur.

« AHO GA URABIKA, RUSAKE » est, semble-t-il, un morceau musical composé sous la colonisation allemande par un vieux joueur de l’INANGA qui avait raté le rendez-vous d’aller se faire primer à la cour royale en compagnie d’autres amis de sa région. Ce qui ne pouvait que lui causer une amertume sans fin, car les autres en étaient revenus, comme d’habitude, conduisant des têtes de gros bétail en grand nombre. En effet, son coq (instrument naturel burundais de référence marquant l’heure de départ très tôt le matin) n’avait pas chanté comme d’habitude pour le réveiller à temps. Il s’était endormi tardivement enivré de joie dans l’attente du lendemain.

Une nouvelle occasion se présentant, le vieil artiste candidat prend soin cette fois-ci de donner à son oiseau suffisamment de grains de sorgho à picorer afin qu’il agisse et chante l’heure habituelle arrivée. Impatient de l’entendre finalement chanter, notre artiste décide de ne pas dormir et de passer toute la nuit à jouer de l’INANGA aux côtés de son coq en le maudissant par tous les dieux pour l’empêcher de sommeiller. Drôle, mais plein de sens !

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Umutwenzi wagutanze, Na Rusake ntigutange
Nya gutabagurwa n’ibisiga !
Nya gutabagurwa n’ubuyongwe!
Nya gutabagurwa n’ibisiga
Nya gutabagurwa n’ubuyongwe

Sake yagutanze n’umutwenzi ntugutange
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Umutwenzi wagutanze, na Rusake ntigutange
Nya gutabagurwa n’ibisiga, Nya gutabagurwa n’ibisiga!
Nya gutabagurwa N’ubuyongwe!
Nya gutabagurwa n’ibisiga!
Nya gutabagurwa N’ubuyongwe!

Sake yagutanze
N’umutwenzi ntugutange
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!
Nya gutabagurwa N’ibimwenyi!

Oui, une histoire peut-être banale mais qui véhicule indirectement un grand message destiné à corriger toute la société burundaise et s’adressant à la fois :
– aux enfants qui ne remplissaient pas correctement leurs devoirs alors que les parents se donnaient corps et âme pour leur survie ;
– aux hommes malhonnêtes occupant de hautes responsabilités et se faisant toujours monnayer par des cruches de vin de banane ou de bière de sorgho, pour ne rien faire finalement en faveur de la cause de leurs clients-victimes.
– A certaines femmes aussi parfois absentes dans leurs responsabilités ménagères.
Nous trouvons ici un grand poème socio-politique sous une expression lyrique revêtue de symboles forts où le musicien-interprète finit lui-même par souhaiter que ce « COQ » qui qu’il soit, finisse ses jours dévoré par des oiseaux prédateurs ou par la belette.

https://musicologygitega.wordpress.com

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Publié par

MUSICOLOGY GITEGA

Ancien professeur de Musique, Justin BARANSANANIKIYE fut l’un des fondateurs de l’Orchestre national du Burundi en 1977. Il a participé à différents programmes inter-africains pour la promotion de la Musique tenus au Niger, au Bénin et au Togo. En 1991, il reçoit son « Doctor of Divinity », et en 1993, son « Doctor of Ministry » de Asia Graduate University and Theological Seminary, ainsi que l’« International Culture Prize in Religion ». Evêque depuis 1999, il est le fondateur de L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en 2013. Il est aussi auteur du livre "THE SWEEPING WAVE", (ISBN : 978-1-4567-8172-9) publié en 2011 aux éditions Authorhouse, Indiana, USA, et aussi "DE L'INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE-L'HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE" en 2014.

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