De « MIRIRE » à « BURUNDI BWACU », Le génie poético-musical de l’Abbé Marc BARENGAYABO.

Photo: L’Abbé Marc BARENGAYABO

Le plus grand auteur-compositeur que le Burundi ait jamais connu, inégalable, incomparable, ce digne « Père de la Musique burundaise moderne », l’Abbé Marc BARENGAYABO, ferait davantage parler de lui aujourd’hui comme icône de notre Art musical, si, selon le souhait qu’il avait émis en 1977, le Burundi avait créé une Faculté de Musique au sein de son Université nationale.

« MIRIRE » fut le premier chef-d’œuvre musical sorti de sa plume, qui attira l’attention du tout premier gouvernement du Burundi, de l’Eglise et du public vers ce jeune étudiant du Petit Séminaire de Mugera en 1961, lequel entrait la même année au Grand Séminaire de Burasira. En Mars 2012, IWACU écrivait à son propos :

« … Son talent pour la musique avait été détecté dès le Petit Séminaire de Mugera. Pour le sacre de Monseigneur MAKARAKIZA, le jeune séminariste avait composé un chant « MIRIRE ». Ce chant exécuté en public, a transporté littéralement l’assistance. C’est alors qu’une délégation gouvernementale conduite par le Premier Ministre MUHIRWA est allée trouver les responsables du Grand Séminaire de Burasira pour leur demander de confier la composition de l’Hymne national au Séminariste auteur du chant « MIRIRE » qui avait tant épaté le public. Le jeune BARENGAYABO a pris peur. Il ne comprenait pas. Mais, rassuré par ses supérieurs, il a pris une retraite au Séminaire de Mureke durant une semaine pour se consacrer à la composition musicale. »

Hormis sa génération, qui d’autre a prêté attention à la riche poésie de ce chant qui est considéré comme précurseur de la naissance de l’Hymne national du Burundi ?

MIRIRE

« Nzokurata, Burundi, nzokurata (Mirire)
Nzogukeza, Muvyeyi, wanyibarutse (Mirire)
Nzogusiga, Burundi, nzogusiga (Mirire)
Uri inyange, Gihugu c’ubwiza (Mirire)
Inarugo, Burundi, arakuranga (Mirire)
Mu nyambaro, Burundi, arakwambika (Mirire)
Mu ngendo, Burundi, arakuranga (Mirire)
Mu guhana, Kirezi, atrakurerera (Mirire)
Mu bikorwa, Kirezi, arakwunguruza (Mirire)

Na Serugo, Burundi, araguserura (Mirire)
Ni we aguha, Mirire, icubahiro (Mirire)
Ni we nkingi, Burundi, y’amahoro (Mirire)
Tera imbere, Gihugu c’amahoro (Mirire)

Gira ubumwe, Burundi, bushimitse (Mirire)
Ehe ivyiza ni abana wibarutse (Mirire)
Nzokurata, Mirire, mu makungu (Mirire)

Mais, en réalité, où réside la force et la profondeur du message de « MIRIRE » ?
Expression d’honneur empruntée au vocable « AMIRIRE » désignant le « lait de vache » complet, non transformé, gardé soigneusement durant toute une journée, « MIRIRE » devient pour BARENGAYABO, mais au grand étonnement de tous, l’appellation digne d’être collée au Burundi. Pourquoi ?
Certainement que l’auteur trouve très significatif de chanter son cher Burundi dans un style métaphorique où il lui attribue les grandes valeurs et bienfaits reconnus au « lait de vache » qui, dans la tradition burundaise, nourrit richement le bébé jusqu’au sevrage et même dans la vieillesse. (Inka zikora ibirama : amata yazo ararera, agacutsa, akaramura).
Et le poète d’employer des expressions riches de sens :
– Nzokurata : pour signifier, je te vanterai, je t’exalterai, car tu m’es si chère, tu es mon tout, O Burundi !
– Nzogukeza : je viendrai comme vers une mère qui a donné naissance, et à qui l’on apporte pleins de cadeaux, signes de félicitations, de fierté, de reconnaissance, mais aussi d’espoir.
– Nzogusiga : pour signifier, je t’oindrai d’une huile précieuse, je te parfumerai pour te rendre toujours plus attrayant, toujours meilleure, O Burundi !
– Uri Inyange : pour signifier l’Ibis blanc, oiseau-berger, sans taches, beau, mais surtout fidèle et endurant.
– La femme burundaise te représente dignement, car par son accoutrement, elle te revêt et te couvre d’honneur ; par sa démarche, elle illustre ta douceur dans tous les secteurs de la vie nationale ; par la correction qu’elle donne à ses enfants, elle les élève pour en faire des citoyens fidèles et responsables qui te défendront ; par ses durs travaux, elle donne un coup de pouce à ton développement.
– Et l’homme Murundi ? Il est le reflet de ta dignité, c’est lui qui te couvre d’honneur et de grandeur, c’est lui le pilier de ta paix. Va de l’avant, Nation baignant dans la paix !

Et de terminer son si beau poème en souhaitant au Burundi de demeurer dans une unité solide et sans failles pour garantir l’avenir de sa plus grande et belle richesse : ses enfants.
Et voilà, bien que toujours incompris par les artistes-chanteurs burundais 40 ans plus tard, ce grand modèle d’un travail réfléchi en vue de la production d’une œuvre musicale de grande valeur s’imposera encore sur des siècles, qu’on le veuille ou non, comme référence dans l’art d’écrire et de composer des chansons au Burundi.

L’Abbé Marc BARENGAYABO n’était pas motivé par de bas sentiments de soif de faux succès ni d’un esprit de cupidité courant derrière l’argent. Reconnaissant personnellement sa propre valeur et son rôle en tant que fils digne de son pays, il était « rempli de grands sentiments de patriotisme mêlés d’un nationalisme militant au moment où le Royaume du Burundi allait prendre place dans le concert des nations libres. » (En 1962 bien sûr. DE L’INANGA A LA GUITARE CLASSIQUE, UNE HISTOIRE DE LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE, page 20). Souhaiteriez-vous un jour écouter « MIRIRE » ?

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Eduquer la Nouvelle Génération à Aimer et Pratiquer L’Usage de nos Instruments Musicaux Traditionnels.

La « Kora » est, par excellence, l’instrument musical-roi qui représente l’Art musical africain sur les podiums des spectacles artistiques mondiaux. Cet instrument ouest-africain n’a pas conquis cette gloire en un seul jour ; il a fallu un travail de longue haleine qui a requis à la fois courage, détermination, persévérance et fierté permanente de la part de l’homme Noir ! Pourrions-nous en tirer des leçons utiles pour la génération burundaise actuelle ?Le Burundi traditionnel ancien nous a légué un précieux héritage instrumental comprenant cinq instruments essentiels dont, un lamellophone, l’IKEMBE, trois cordophones, l’INANGA, l’UMUDULI et l’INDONONGO, ainsi qu’un membraphone, l’INGOMA, maître des rythmes « umurisho » et symbole de toute notre histoire ancienne. Ce dernier, honoré et ancré dans les profondeurs des racines des origines du Burundi en tant que nation, semble avoir tout naturellement gagné une sympathie particulière chez tous les Barundis. Ayant ressenti dans les battements de l’INGOMA une expression de bravoure, de dignité et de grandeur d’âme, la jeunesse burundaise moderne ne pouvait que l’aimer, l’adopter et le pratiquer volontiers. Mais, qu’en est-il des autres instruments cités?

Que l’INANGA, l’UMUDURI, l’IKEMBE et l’INDONONGO n’aient pas trouvé un chemin tout tracé dans les rêves artistiques de la jeunesse burundaise actuelle en milieu tant rural qu’urbain, devrait nous pousser à nous poser bien des questions résumées en une seule phrase : « Pourquoi ces instruments musicaux traditionnels ne sont-ils pas aimés et pratiqués à grande échelle par la nouvelle génération ? » Quatre réponses s’en dégagent :
– Il y a manque d’une vision de la responsabilité des aînés à qui incombe le rôle capital de transmettre les richesses artistiques traditionnelles aux générations à venir.
– Il y a manque d’une prise de conscience nationale quant à la sauvegarde des valeurs artistiques, dont les instruments musicaux traditionnels, qui doivent rester perpétuellement une des facettes de notre identité culturelle au sein du concert des nations.
– Il y a un puissant phénomène d’acculturation pesant sur la plupart des intellectuels burundais qui désormais attachent très peu d’intérêt à leur culture.
– Il y a manque d’un programme national concret d’éducation de la jeunesse à aimer et pratiquer l’usage de nos instruments musicaux traditionnels.
Ceci dit, n’est-il pas grand temps d’en parler et d’y penser ? En effet, si l’INANGA, l’UMUDULI, l’IKEMBE et l’INDONONGO disparaissaient complètement des mains et des doigts de nos jeunes, ce serait une disparition automatique de toutes les musiques et chansons du Burundi traditionnel bâties autour de ces instruments, mais aussi une perte totale des nombreuses poésies et de nos contes variés, sources de sagesse et d’’enseignement depuis les temps les plus reculés de notre histoire, et dont nos enfants et petits-enfants auront toujours besoin.
Il n’est jamais tard d’agir et de déclencher un réveil culturel musical traditionnel qui honorerait nos instruments musicaux, lesquels, aujourd’hui, semblent n’appartenir uniquement qu’à la classe des pauvres, des mendiants, des aveugles et autres personnes handicapées peuplant les rues de nos cités urbaines.
Pour ce faire, l’Institut de musicologie de Gitega se veut d’être un modèle où l’apprentissage des instruments musicaux traditionnels du Burundi reçoit la même importance que celui de la guitare, du piano, du saxophone, etc. Et pourquoi ne pas envisager de faire une proposition d’introduire dans l’enseignement fondamental des cours d’apprentissage de nos instruments musicaux traditionnels à côté de l’apprentissage des chansons et danses traditionnelles ?
Depuis le grand réveil culturel des nations africaines déclenché lors du premier Festival des Arts Nègres à Dakar en 1966, la promotion des musiques africaines et leurs instruments s’est de plus en plus imposée sur la scène mondiale. La « Kora » s’est hissée attirant autour d’elle diverses musiques du Sénégal, de la Guinée, du Mali, etc. Le Burundi, ne pourrait-il pas rêver de faire de même avec son INANGA et ses autres instruments au moment où la route nous est largement ouverte au travers de nos « INGOMA » aujourd’hui inscrits au Patrimoine de l’humanité ?

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L’ELITE UNIVERSITAIRE BURUNDAISE INTERPELLEE : Yves NISABWE, Universitaire Burundais engagé dans l’Oeuvre de Promotion de la Musique Traditionnelle Burundaise, s’exprime !

(Photo : Yves NISABWE avec Mgr. Dr. Justin BARANSANANIKIYE à Gitega)

« Je m’appelle Yves NISABWE, j’ai fait la Faculté de Communication à l’Université Lumière de Bujumbura et actuellement, je suis étudiant en Master en Développement à l’Université Senghor à Alexandrie, en Egypte. Je suis inscrit au sein du Département Culture dans la spécialité Communication et Médias. Dans cette formation, nous suivons des cours qui nous permettent de mettre en place des politiques visant le développement de nos pays. En tant qu’étudiant au Département Culture, j’ai choisi comme projet le développement de la musique burundaise, plus précisément la musique traditionnelle. Mon souci dans ce projet vient du fait que la musique moderne prend de plus en plus de l’ampleur au moment où la musique traditionnelle semble être oubliée. Le monde médiatique ne semble pas donner une place significative à la musique traditionnelle. De là est née l’idée de mise en place des mécanismes pour la promotion de la musique traditionnelle burundaise par les médias burundais. C’est sur cette initiative que je suis en train de travailler et qui fait aussi objet de mon mémoire pour ce Master à l’Université Senghor à Alexandrie.
Pour mieux avancer dans cette perspective, j’ai fait mon stage d’une période de deux mois et demi à la Fondation « Music In Africa » dont le bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest est basé à Dakar au Sénégal. J’étais contributeur sur son site Internet http://www.musicinafrica.net/fr qui fait la promotion de la musique, où j’étais chargé du Burundi, du Rwanda et du Niger, j’ai publié des articles sur l’actualité de la musique burundaise. Vous pouvez également y trouver pas mal d’articles parlant de la musique africaine ainsi que de nombreux profils de musiciens et de professionnels de la musique. Dans ce projet, j’ose espérer pouvoir travailler avec toute personne qui souhaiterait prêter main forte à sa réussite, notamment les artistes, les professionnels de la musique ainsi que quiconque qui, de près ou de loin, participe activement au développement de la musique burundaise.
Durant les dernières vacances, j’ai pu rencontrer certaines personnes qui ne ménagent aucun effort pour le développement de la musique burundaise, notamment le docteur en musicologie et directeur de l’Institut de Musicologie de Gitega, Monseigneur Justin Baransananikiye. Au cours de nos échanges, j’ai pu me rendre compte de combien nous sommes interpellés à investir tous nos efforts pour redonner une belle image de notre musique ».

RÉDACTION : Mgr. Justin Baransananikiye, après cette rencontre avec Yves NISABWE, j’estime que l’engagement culturel de ce jeune universitaire burundais vous dit beaucoup de choses. Votre commentaire !

Mgr. JUSTIN : C’est fantastique, encourageant et inspirant, d’apprendre que la mission de promotion de notre musique traditionnelle devient enfin un sujet qui préoccupe aussi nos universitaires. Mille félicitations à Yves Nisabwe !

RÉDACTION : Pourrions-nous estimer qu’il s’agit ici, indirectement, d’un appel spécial que la jeunesse universitaire burundaise devrait saisir au bond et se lever pour œuvrer ensemble dans ce domaine précis de promotion de la musique traditionnelle burundaise?

Mgr. JUSTIN : Effectivement. L’avenir culturel du Burundi, spécialement en matière de musique, ne pourra évoluer vers les hauts sommets de la réussite que quand nos élites universitaires l’auront pris en mains. C’est bien l’un des objectifs que je me suis fixé en créant l’Institut de Musicologie de Gitega en 2014. Mais, voyez-vous, qui a compris ce que j’ai fait pour mon pays?

RÉDACTION : Et ceci réveille le feu de la vision qui dort toujours en vous pour le développement réel de la Musique burundaise, n’est-ce pas ?

Mgr. JUSTIN : Bien sûr ! Laissez-moi vous montrer, ainsi qu’aux amis de notre site, où nous allons concrètement dans ce domaine :
– Le Burundi, en tant que membre de la Communauté Est-Africaine, devrait prendre conscience que sa présence au sein de cette grande Organisation régionale l’appelle aussi à considérer tous les secteurs de la vie nationale comme égaux dans sa vision pour un développement intégral.

RÉDACTION : Vous voulez sûrement dire que le domaine de la Musique jouit de très peu de considération ?

Mgr. JUSTIN : Mais, c’est un fait réel que nul ne peut nier ! Voyez, par exemple, comment nous sommes déjà devancés de loin par les pays de la sous-région en matière d’enseignement musical, où eux possèdent de nombreuses élites universitaires diplômées en Musique au niveau du Master et du doctorat. La plupart de leurs universités ont des facultés de Musique depuis des années. Et voilà nous autres, on est là dormants, en train de nous targuer d’avoir tels et tels petits chanteurs/musiciens ou DJ qui ne peuvent même pas vous lire ni écrire une partition musicale !

RÉDACTION : Justement, tous les chanteurs/musiciens burundais vous disent aujourd’hui qu’il n’est pas nécessaire d’apprendre ces choses, car sans ces connaissances ils ont pu déjà se construire une renommée.

Mgr. JUSTIN : Quelle renommée ? Sont-ils déjà parvenus aux sommets de la gloire des grands Manu Dibango, Youssou N’dour et autres grands artistes Africains qui n’ont pas négligé d’entrer dans des facultés de musique pour bien asseoir leur profession ? « Au pays des aveugles, le borgnes sont rois ».

RÉDACTION : Une erreur d’expérience, peut-être.
Mgr. JUSTIN : Je ne l’affirmerais pas. Voici mon second point d’analyse :
– La mondialisation est en train de faire du monde un village où chaque nation doit apporter sa part. Demain, je n’en doute pas, la Communauté Est-africaine dont nous faisons partie, voudra, par exemple, mettre sur pied une Commission sous régionale d’étude et de supervision des programmes d’enseignement musical dans les écoles, ou aussi une Commission d’échanges interuniversitaires des Facultés de Musique, ou même encore une Commission de chercheurs en Ethnomusicologie au sein des entités socio-culturelles de la sous-région. Un jour, il serait aussi peut-être question de créer un Panel sous régional de promotion des musiques et chorégraphies traditionnelles de l’Afrique de l’Est. Et, qui sait s’il n’y aura pas non plus création dans l’avenir, de grandes sociétés de publication de livres de chants au sein de l’EAC, etc, etc ?

RÉDACTION : Ah bon ! On n’y a jamais pensé.
Mgr. JUSTIN : Et je me pose ces questions : Qui ? Je dis bien, qui, le Burundi enverra-t-il pour siéger dans ces différentes commissions qui seraient certainement constituées par de hautes élites de l’EAC diplômées jusqu’au Master et au Doctorat en Musique ? Pensez-vous que notre système burundais de non considération des qualifications et compétences fonctionnera là-bas ?

RÉDACTION : Heureusement que vous pouvez déjà tirer la sonnette d’alarme par une telle analyse de la situation.

Mgr. JUSTIN : Ce n’est pas tout ! Saviez-vous qu’aucun des finalistes actuels des Écoles secondaires du Burundi n’a le niveau requis pour entrer dans une faculté de Musique ?

RÉDACTION : Pas possible, pourquoi ?

Mgr. JUSTIN : Ils n’ont jamais été formés conformément aux programmes internationaux de Musique conçus pour l’enseignement secondaire, lesquels leur donneraient un minimum de connaissances leur permettant d’aborder la première candidature de la Faculté de Musique ? C’est ça le triste fruit que nous récoltons des 39 années de suppression du Cours de Musique de l’enseignement au Burundi, depuis 1979. Nous le disons sur base des constats que nous avons faits à l’Institut de Musicologie de Gitega, où les finalistes des Lycées et Collèges qui viennent s’inscrire n’ont aucune notion de base en théorie musicale, ne pouvant ni lire ni écrire le solfège !

RÉDACTION : Et nous tardons toujours à en mesurer les conséquences ! Et que proposeriez-vous comme solutions urgentes ?

Mgr. JUSTIN : Que les décideurs concernés sachent que, plus nous tardons d’agir, plus nous refusons à la jeunesse burundaise son droit d’être formée à l’excellence en Musique. Oui, l’EAC est un géant par rapport à notre petit pays, mais j’aimerais attirer l’attention de tous sur le fait que l’EAC constitue aussi un immense débouché pour les élites universitaires burundaises qui sortiraient de nos facultés de Musique et qui pourraient s’y faire embaucher comme enseignants dans les écoles et universités de la sous-région et diriger de grands ensembles musicaux professionnels. Il en existe des centaines de milliers.

RÉDACTION : Certainement que très peu de gens au Burundi comprennent la situation de cette manière.

Mgr. JUSTIN : Parce qu’ils ignorent l’histoire universelle de la Musique et des Pères de la Musique Classique (Bach, Haydn, Beethoven, Händel et d’autres) qui étaient des génies remplis de la Science musicale sur laquelle toutes les Facultés de Musique dans le monde fondent leur travail aujourd’hui. Et puis, ils n’ont jamais su ce que nous a dit l’Abbé Marc BARENGAYABO, compositeur de notre Hymne national, qui présidait le Jury musical dont je faisais partie avec Ngabo Léonce, Ndenzako Léon, Augustin Ndirabika, Ignace Mageregere et Sylvestre Ntambutso, lequel avait primé Canjo Amissi au Concours de la Chanson en Juillet 1977 : (cité intégralement en Kirundi) :

« Ntitugarukirize ngaha honyene, mu vyo gutunganya amahiganwa nk’aya no gutanga udushimwe gusa. Twoba twihenze kandi duhenze abana bacu. Dukwiye ahubwo kwigisha uru rwaruka rukamenya neza ivy’amategeko y’Umuziki kugira bazorushirizeho kuririmba no gucuraranga neza muri kazoza…. Ndifuza cane ko hoshingwa igisata cigisha neza Ubuhinga bw’Umuziki aha muri Kaminuza y’Uburundi. Ariko bidusaba kuzobanza kuronka incabwenge z’imvukira zabinonosoye iyo mu za Bulaya. Umukama adufashe, azoduhe abakiri bato nk’aba ba Canjo na ba Barakamfitiye tubonye uno musi, bazoshobore kwakira ubu bumenyi dufise mu Buhinga bw’Umuziki, baheze na bo bazobuhereze abandi. Iryo ni ryo terambere ry’ukuri mu Muziki w’Uburundi.” (Marc Barengayabo, 1977).

RÉDACTION: Pensez-vous que la formation d’élites universitaires diplômées en Musique pourrait aider à résoudre les problèmes de perte d’identité de la Musique burundaise moderne observés actuellement?
Mgr. JUSTIN: Sans aucun doute.

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CE QUE CACHAIT LE PREMIER ORCHESTRE NATIONAL DU BURUNDI !

(Photo: Mgr.Dr. Justin Baransananikiye
avec Rose Twagirayezu, Août 2018)

Il y a quarante et un (41) ans, en 1977, Justin Baransananikiye et Rose Twagirayezu faisaient partie du groupe de chanteurs/musiciens qui ont fondé le célèbre Premier Orchestre National du Burundi au Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, sous la direction du Ministre, historien, professeur et Ecrivain, Emile Mworoha. Cette belle et riche époque de l’histoire de la naissance de la Musique burundaise moderne n’a pas seulement légué au pays d’excellentes chansons originales sous une musique envoûtante innovée et développée, mais, et surtout, une dame de grande estime au cœur palpitant sous les richesses culturelles de sa patrie, Rose Twagirayezu, ainsi que Justin Baransananikiye, défenseur et promoteur de l’art musical national. Que sont-ils devenus ?

Aujourd’hui, en 2018, Rose Twagirayezu est Animatrice du CENTRE BURUNDAIS POUR LA LECTURE ET L’ANIMATION CULTURELLE (CEBULAC). Justin Baransananikiye quant à lui, devenu Evêque, est Directeur et Professeur de l’Institut de l’Institut de Musicologie de Gitega dont il fut fondateur en 2014. A son palmarès sont également inscrits divers ouvrages dont il est l’auteur :
– « De l’Inanga à la Guitare Classique, Une Histoire de la naissance de la Musique Burundaise Moderne »
– « Uguhingura Indirimbo zifise Akanovera nyako k’Umuziki w’Uburundi » (une réponse aux défis posés par la problématique de la Musique burundaise moderne au 21ème siècle (sous presse).
– « Musiques Traditionnelles Vocales et Instrumentales du Burundi – GUIDE DE RECHERCHE » (sous presse).
– « 300 Chansons traditionnelles burundaises écrites sur partitions musicales, avec description ethnomusicologique » (sous presse).
– « Manuel de chants pour Elèves et Ecoliers – 100 chants en Français, 100 chants en Anglais, 100 chants en Kirundi et 50 chants en Kiswahili » (en cours de finissage).

A la nouvelle génération de chanteurs burundais, Rose Twagirayezu adresse ce grand message qui apparaît également dans la préface du livre « Uguhingura Indirimbo Zifise Akanovera Nyako k’Umuziki w’Uburundi » :

« Bagenzi mwaronse ingabirano yo kwikora mu gahogo mu muziki
W’Uburundi, Bacuraranzi namwe Bahinga mu vy’umuziki, Rwaruka Burundi bw’ejo, Nta kinini mfise ndababwira atari uko ico ukora wogiha umwanya ni ho kigira agaciro. Umuziki si uguta umwanya kumwe kera babifata. Ikimenyamenya ni uko abawijukiye, ubu ubatunze, ukabateza imbere.
Ndashimiye Musenyeri Justin Baransananikiye kuri ico gitabo yanditse
gihambaye kandi gihimbaye. Nizeye ko kizofasha abatari bake mu
Kubogora no gusubiza akanovera umuziki w’Uburundi. Indirimbo ni ubutumwa. Fata umwanya wo kurutegura mu majambo no mu mudiho,
kuko indirimbo yitondewe ntita igihe canke akanovera. Rondera amajambo
abereye, n’umudiho, wubahirize n’ururimi washimye kuririmbamwo. Uwuzorwumviriza agire ico asigaranye.”

Lors de leur dernière rencontre en Août dernier, Justin Baransananikiye et Rose Twagirayezu n’ont pas manqué de rendre un hommage à la mémoire de leurs anciens collègues à l’orchestre national déjà disparus, notamment, Canjo Amissi, Kirundo Gérard, Adolphe Bigirimana, Evariste Niyonzima, Jean-Pierre Misago, Chantal Nibizi, Sidonie Nzeyimana, Emmanuel Sindayigaya, Aloys Ndahigeze, Bernard Ntahombaye, Domitien Rurakomba. Ils ont également exprimé leurs souhaits de bonheur et de réussite à Magloire Nibigirwe (Alias Buddy) et Goreth Habonimana évoluant aujourd’hui à l’étranger.

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Une Journée Nationale dédiée à la Célébration de la DANSE EMBLEMATIQUE DU TAMBOUR DU BURUNDI« UMURISHO W’INGOMA

Photo en affiche : La Troupe de Tambourinaires de L’Institut de Musicologie de Gitega.

C’est avec un grand sentiment de reconnaissance que l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA accueille la décision du Gouvernement du Burundi (ce 1er décembre 2016), dédiant la date du 26 Novembre de chaque année comme JOURNEE NATIONALE DE CELEBRATION DE LA DANSE TRADITIONNELLE EMBLEMATIQUE DU TAMBOUR DU BURUNDI « UMURISHO W’INGOMA ». Cet événement est d’autant plus important dans le domaine de la musique burundaise, que nous l’inscrivons aussi au calendrier des grandes dates marquant les étapes de développement de notre musique. Mais pourquoi parler de musique plus précisément ?

Très peu sont ceux qui comprennent comment l’Art de nos tambours traditionnels constitue aussi une richesse musicale de grande valeur. En effet, si nous dansons l’UMURISHO W’INGOMA, c’est tout simplement parce qu’il nous entraînent dans leurs RYTMES qui impriment en nous ces gestes, ces sauts, ces mouvements indescriptibles de notre corps qui se tord dans une agilité quasi angélique, miraculeuse, élastique, portant en elle des expressions et des messages de grandeur, de fierté, de bravoure, d’amour, d’héroïsme, de fidélité, de dur labeur, lesquelles vertus ont caractérisé de tous temps l’homme Murundi. Et le RYTHME, apprenons-nous dans nos facultés, constitue l’essence même de la musique.

Réalité évidente des faits, l’enfant burundais encore en bas âge, porté sur le dos par sa mère et écoutant pour la première fois ces battements combien ordonnés, magiques et savamment orchestrés selon la science traditionnelle de nos ancêtres, a toujours répondu par un grand sourire d’espoir, se laissant aussi emporter en bougeant naturellement. Le tambour, n’est-il pas sien et ne constitue-t-il pas son cordon culturel qui le relie aux soupirs des rêves des premiers créateurs de cet Art, aujourd’hui reposant dans le sein de nos belles collines depuis des siècles ?

Des dizaines de RYTHMES musicaux encore inexploités, se trouvent en effet enfouis dans notre « UMURISHO W’INGOMA ». L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA en est déjà conscient et s’est lancé depuis un certain temps dans leur recherche dans le but d’en faire une base de travail exhaustif en ethnomusicologie en vue de la production prochaine d’œuvres musicales originales, nouvelles et enrichies de ce patrimoine unique. Nous avons toujours et encore besoin de partenaires internationaux intéressés par ce projet. Car, ces RYTHMES des tambours burundais ont une destinée de devenir un jour une grande source de revenus, si des promoteurs y étaient associés et venaient à découvrir comme nous, que ce sont de nouveaux styles de rythmiques musicales pouvant se vendre auprès des artistes des cinq continents toujours en quête d’innovations. Nous pourrions certainement en faire une véritable INDUSTRIE DE L’ART DU TAMBOUR DU BURUNDI à partager avec le reste du monde.

Par ailleurs, mis à part le rôle d’attraction touristique que revêt cet art unique au monde, la danse du tambour du Burundi est traditionnellement perçue comme symbole incarnant l’unité des Barundi de toutes les ethnies, de toutes les régions et de tous les clans sociaux tout au long de notre histoire. Enseignons-la correctement à la jeune génération afin de cimenter davantage l’honneur qui lui a été fait d’être inscrit, en 2015, par l’UNESCO, au patrimoine culturel de l’humanité.

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(Un Extrait de l’exposé de Mgr. Justin Baransananikiye Sous le thème « PRINCIPES D’APPUI A LA RECHERCHE POUR LA PROMOTION DES MUSIQUES BURUNDAISES »)

(Un Extrait de l’exposé de Mgr. Justin Baransananikiye
Sous le thème « PRINCIPES D’APPUI A LA RECHERCHE
POUR LA PROMOTION DES MUSIQUES BURUNDAISES »)
Nous republions cet article afin d’appuyer l’étape à laquelle nous allons bientôt passer dans les travaux de Recherche et de Promotion de nos Musiques.

Après avoir compris les méthodologies de travail utilisées par nos confrères aînés Africains, dont Manu Dibango, Youssou N’dour, Mory Kanté, Salif Keita et d’autres qui nous ont devancés dans la promotion des musiques de leurs pays, l’heure est à nous Musiciens Burundais maintenant de savoir comment mener nos propres recherches aussi et en exploiter les résultats pour bien réussir une modernisation qui sauvegardera l’originalité de nos musiques traditionnelles et les distinguera des autres sur les podiums internationaux. Pour mieux comprendre cette thématique, nous nous référerons à certains documents utiles, à commencer par l’expérience que nous offrent les musiciens du Cameroun.

1. Dans un article consacré à ce sujet, Jean-Paul MONGO BELL écrit : « Dans le numéro 324 du journal Afrique-Asie paru le Lundi 18 juin 1984, Francis Bebey dit ceci : ‘ … le Makossa est un mélange d’AMBAS BEY et de BOLOBO, musique et chants de la ville de Douala qui nécessitent voix humaines et claquements de mains sur un rythme africain pur, tels les chants protestants et la musique afro-cubaine ». Le Site http://www.masoso.unblog.fr dans son analyse donne d’autres précisions : « Le Makossa, rythme ou style musical, attribué au peuple SAWA originaire du littoral du Cameroun, plus précisément de la ville de DOUALA, trouve ses fondements dans les mots Kô (tomber) et Sa (danse). En clair, il signifie tomber dans la danse. Ce cri de ralliement est rendu populaire par l’artiste NELLE EYOUM. Le Rythme MAKOSSA, dont les bases rythmiques viennent de la RUMBA, de la SALSA et de la BIGUINE s’identifie par ses sections syncopées. Ce rythme s’est popularisé en 1958 par le groupe NEGRO STYL avec NELLE EYOUM, EBANDA MANFRED, dont la chanson ‘AMIO’, excellemment interprétée par BEBEY MANGA, est aujourd’hui un standard universel. En 1972, MANU DIBANGO avec son tube ‘SOUL MAKOSSA’ donne une dimension planétaire au MAKOSSA. Les paroliers EBOA LOTTIN, FRANCIS BEBEY, CHARLES LEMBE, lui donneront un esprit d’écoute. EKAMBI BRILLANT, fan de JAMES BROWN, avec le soutien de l’excellent bassiste JEAN DIKOTO MANDENGUE, introduira des riffes et break qui feront une partie de l’identité du MAKOSSA New wave.
Au début des années 80 sous les arrangements de TOTO GUILLAUME, installé en France, avec les bassistes Vicky EDIMO, TOURE ALHADJI, les batteurs EBENY Donald Wesley et LOBE Valérie, qui donne naissance à l’équipe nationale du MAKOSSA, que le MAKOSSA fera éclore de nombreux talents Camerounais… Le MAKOSSA devient une musique nationale interprétée par des compositeurs talentueux originaires d’autres régions du Cameroun, TALA ANDRE MARIE, PIERRE DIDY TCHAKOUNTE, TIM& FOTY, ELVIS KEMAYO, etc. La nouvelle génération, tant bien que mal, continue de porter haut le flambeau de cette musique. Elle est constituée de RICHARD BONA, ETIENNE MBAPPE, GUY NSANGUE, etc. Le Makossa puise ses ressources dans la diversité des instrumentistes qui l’ont porté à l’affection des peuples du monde. Le travail de promotion du MAKOSSA a pu se faire grâce à des mécènes qui pour la plus part ont achevé leur vie dans la misère, WONGA Jules, DJOGA MATHIAS, MOISE KOUOGUENG, etc, des hommes et femmes qui ont cru en la musique ».

Quelles premières leçons devons-nous tirer de ce travail assidu et persévérant accompli par nos ainés du Cameroun ?
– Ils ont fait de l’œuvre de promotion de leur musique traditionnelle, le ‘Makosa’ UN PROGRAMME CULTUREL NATIONAL aussi auquel tous, sans exception, se sont ralliés.
– Ils ont tous travaillé ce style original en veillant à la sauvegarde des ‘bases rythmiques du Makosa traditionnel’ de la région de Douala qu’ils ont rendu populaire dans tout le pays tout en en faisant un standard universel ayant une dimension planétaire.
– Les artistes Camerounais, paroliers de profession, sont reconnus dans leur rôle et sont consultés pour mettre de leur main sur les textes à chanter des différentes compositions musicales. On ne chante pas en désordre du n’importe quoi. Certes des règles grammaticales et linguistiques sont observées. Résultat, ceci fait du ‘Makosa’ un style à écouter partout.
– Les musiciens Camerounais font des ajoutes qui, au lieu de la détruire, apportent une saveur spéciale à l’identité du ‘Makosa’.
– Ils font appel à leurs compatriotes musiciens professionnels déjà expérimentés évoluant en Occident qui prennent en main, cette fois-ci, le travail d’y ajouter les dernières retouches qui font du ‘Makosa’ une musique nationale interprétée par des compositeurs talentueux originaires d’autres régions du Cameroun.
– Des mécènes camerounais se lèvent d’un même pied pour soutenir les musiciens de leur pays dans la production et la diffusion de leur musique, le ‘Makosa’.

Musiciens Burundais, sommes-nous suffisamment humbles et disposés d’apprendre à partir de l’expérience des autres ? Tous ces éléments d’une si grande valeur avaient servi d’inspiration et d’appui aux musiciens de la première génération dont Justin Baransananikiye faisait partie. Mais, malheureusement, ils n’ont guère pu fasciner la soif et les goûts des musiciens de la génération actuelle qui ne comprennent toujours pas que LA PROMOTION DE LA MUSIQUE NATIONALE DOIT ETRE CONCUE ET OPEREE COMME PROGRAMME NATIONAL EGALEMENT. Nous en profitons pour faire un clin d’œil aux responsables du Ministere de la Culture. L’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA a d’ores et déjà inscrit cette mission à son programme et se tient disposé pour toute collaboration.

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B.P.197 Gitega
Tél: 79 877 097 ou 79 942 375
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DES ARTISTES BURUNDAIS REAGISSENT FACE A LA PROBLÉMATIQUE DE PROMOTION DE LA MUSIQUE BURUNDAISE

DES ARTISTES BURUNDAIS REAGISSENT FACE
A LA PROBLÉMATIQUE DE PROMOTION DE LA
MUSIQUE BURUNDAISE

Il a réagi à notre article précédent intitulé « UN APPEL AUX MUSICIENS BURUNDAIS A REJOINDRE LES TRAVAUX DE RECHERCHE ETHNOMUSICOLOGIQUE, Seule Porte Sûre Vers de Nouvelles Créations Originales ». Il, c’est bien Gad NIYOMUKUNZI de Bujumbura. Voici une observation poignante dont il nous a fait part :

« Je tiens à féliciter l’auteur de ce texte qui m’inspire et me rappelle quelque chose. Je me suis posé de telles questions le jour où j’étais avec un certain producteur. J’avais ma guitare avec laquelle je lui montrais les notes barrées de ma chanson. Je lui ai même montré les notes simples mais il n’était pas en mesure de savoir de quoi il s’agissait. Certaines personnes se nomment « producteurs » alors qu’elles ne savent jouer d’aucun instrument de musique. Ça fait chuter l’industrie musicale au Burundi. Leurs œuvres sont des copies des œuvres d’autres producteurs internationaux. Parfois ils téléchargent des instrumentales sur internet et proposent aux chanteurs d’enregistrer dessus. Ils volent des œuvres, ils bafouent les droits d’auteurs. Il arrive souvent qu’ils proposent le même instrumental aux différents chanteurs. Ils manquent de création musicale. Par conséquent, les prétendues stars « soi-disant ambassadeurs de la musique burundaise » ne font qu’imiter les styles et mélodies étrangères. Il faut que nous préservions notre culture afin que nous montrions la différence. Nous devrions créer (si jugé bon) un mélange des styles originaux et « modernes » pour une harmonisation musicale », écrit Gad NIYOMUKUNZI, à qui nous réitérons toute notre reconnaissance et nos félicitations pour ce partage franc et responsable.

Qu’en dites-vous, messieurs les « Producteurs musicaux » établis à Bujumbura ? La balle est dans votre camp. Réagissez et répondez à cette remarque, par ailleurs justifiée, qui vous est faite de la part des musiciens que vous recevez dans vos studios. Nous publierons volontiers vos répliques. Saviez-vous que bientôt un bon nombre de jeunes musiciens burundais auront suivi une haute formation en Musique, Ethnomusicologie et business musical à l’Institut de Musicologie de Gitega, et pourront, tout naturellement remettre en doute vos compétences ? Êtes-vous réellement conscients que le monde se développe ? Nous vous avons invités maintes fois (et l’invitation reste en cours) à vous faire inscrire aussi pour de telles formations à l’Institut de Musicologie afin d’obtenir un diplôme de qualification qui témoignerait de vos aptitudes en musique.

Entre temps, acceptez que nous vous donnions ce conseil : l’industrie musicale n’est pas un jeu. C’est carrément une industrie au vrai sens du terme, qui a ses lois et principes directeurs. Vous devez vous y conformer. Vous vous faites nommer PRODUCTEURS alors qu’il n’en est rien. Dans le business musical, une personne est appelée « producteurs » quand et uniquement quand elle investit son argent pour financer les travaux d’un artiste. Ce qui étonne, c’est qu’en vous faisant appeler PRODUCTEURS, vous vous permettez d’exercer les métiers d’ ARRANGEUR MUSICAL et celui d’Orchestrateur. Saviez-vous que ces derniers sont des métiers très sophistiqués dans l’industrie musicale, qui requièrent une formation de haut niveau en musique et une compétence nourrie d’une solide expérience. Avez-vous ces capacités alors ?

Les artistes Burundais que vous induisez en erreur en leur faisant chanter sur des instrumentaux volés sur internet, ne pourront faire carrière ni gagner leur vie hors du Burundi. Dissociez-vous de cette pratique. Acceptez d’être formés, nous vous le répétons. « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois », dit un adage français. Bientôt nous allons vous confronter à des musiciens qualifiés, formés à l’Institut de Musicologie de Gitega. Vous aurez du mal à continuer sur cette voie et, nous vous l’assurons bien avant, la honte couvrira votre travail et vous serez contraints à démissionner. Et, pour vous faire prendre conscience que le métier avec lequel vous jouez n’est pas ce que vous croyez qu’il est, nous mettons en affiche de cet article LES PARTITIONS MUSICALES DE LA CÉLÈBRE CHANSON « UMUGABO W’UKURI » DE CANJO AMISSI. Pour pouvoir reproduire cette chanson, un arrangeur/orchestrateur européen ou américain ou chinois ou coréen, etc, prendra soin de nous nous la demander d’abord. Et vous ?
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UN APPEL AUX MUSICIENS BURUNDAIS A REJOINDRE LES TRAVAUX DE RECHERCHE ETHNOMUSICOLOGIQUE, Seule Porte Sûre Vers de Nouvelles Créations Originales

UN APPEL AUX MUSICIENS BURUNDAIS A REJOINDRE
LES TRAVAUX DE RECHERCHE ETHNOMUSICOLOGIQUE,
Seule Porte Sûre Vers de Nouvelles Créations Originales

Plusieurs Burundais appellent « MUSIQUE BURUNDAISE MODERNE » tout ce qui se chante aujourd’hui en langue KIRUNDI avec l’accompagnement d’instruments occidentaux, ou dans un dialecte-créole imaginaire mêlé d’un Kirundi assaisonné par des termes importés on ne sait d’où. C’EST FAUX ! Ce n’est pas cela la Musique burundaise développée dont nous devons nous vanter et que nous croyions pouvoir afficher sur le tableau de la mosaïque des musiques du monde hautement prisées dans le business musical international actuel.

Ne nous y trompons pas, mais posons-nous sincèrement la question suivante en tant que Burundais responsables de nos valeurs et richesses culturelles : « Pourquoi les investisseurs culturels internationaux ne sont-ils pas attirés à venir exploiter ce que nous sommes en train d’appeler faussement ‘Musique burundaise moderne’ ? » Réponse simple et claire : ce que nous brandissons comme musique ne contient rien d’innovant et ne porte aucun cachet original nouveau recherché par les consommateurs des nouvelles musiques que le monde voudrait découvrir.

Effectivement, les musiciens burundais de la génération actuelle s’étant eux-mêmes détournés et privés de leur propre source ethnomusicologique, ne peuvent récolter autre chose qu’un état d’esclavage sous des styles musicaux exotiques en vogue dont ils ne connaissent d’ailleurs pas les structurations artistiques. Pour ne citer que quelques exemples illustratifs de musiques originales déjà développées et modernisées par des artistes d’autres pays conscients et amoureux de leur art, précisons ici à l’intention des musiciens burundais que tous ces styles musicaux sur lesquels ils sont en train de s’agriffer sont le fruit d’un dur labeur accompli volontairement et avec grands sacrifices :

– La SAMBA, par exemple, est l’une des formes les plus populaires de la Musique traditionnelle nationale du Brésil.
– Le ZOUK est un style de musique originaire de Guadeloupe et de Martinique ayant ses racines dans la musique KOMPA de Haïti et de la musique Dominicaine
– Le MERENGUE est un style de musique/danse joyeuse très animée également originaire des traditions musicales de la République Dominicaine.
– Le KIZOMBA est un style de musique/danse populaire de l’Angola.
– La SOUKOUS est un style musical né dans les deux Congo autour des années 30-40 et est devenu populaire dans toute l’Afrique.
– Le MAPOUKA est une danse/musique originaire du Sud-est de la Côte d’Ivoire dans la zone de Dabou. Aujourd’hui, il gagne toute l’Afrique de l’Ouest.
– Le JUJU et l’APALA sont des styles de musiques populaires du Nigeria dérivées des percussions de la Tribu Yorouba. C’est aussi à que le grand FELA KUTI a puisé inspiration pour créer l’AFROBEAT.
– Le CHIMURENGA quant à lui, est un genre musical populaire du Zimbabwe.
– La MARRABENTA est un style de musique/danse originaire du Mozambique. Etc, etc.

Et alors, quel style de musique burundaise moderne avons-nous qui serait née des nombreuses musiques traditionnelles du Burundi après 50 ans d’indépendance ? Nous sommes encore sous colonisation culturelle ! Félicitons toutefois encore l’artiste Jérémie HAKESHIMANA (alias YELE), fondateur du style musical UMUDIDIZO moderne qu’il a tiré de la musique traditionnelle burundaise chantée et accompagnée au pilon et au mortier ainsi que Gilbert NDAKOZE (Alias GINDA) pour l’excellent travail de recherche qu’il fait sur l’Inanga. Nous ferons certainement appel à eux dans les nouvelles recherches que nous entreprenons sur d’autres styles musicaux burundais.

Voilà donc deux questions pertinentes qui se posent aujourd’hui à la fois aux responsables burundais ayant la Culture dans leurs attributions et aux musiciens burundais également :
– Pourquoi ne pourrions-nous pas conjuguer nos efforts pour nous emparer officiellement de cette problématique de manque d’exploitation de nos musiques traditionnelles afin d’en faire une nouvelle vision artistique de travail pour nos artistes au moment où l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA offre volontiers son expérience et ses compétences en matière de recherche ethnomusicologique ?
– Apprécions-nous de la même manière l’apport de la Culture en général et celui du secteur de la musique en particulier dans le développement de l’économie nationale ?

En parlant ainsi, nous voudrions bien sûr exprimer la fierté que le peuple burundais a vis-à-vis de sa musique, ses chants et ses danses populaires qui devraient être partagés avec le reste du monde pour en rapporter des revenus dont il a grandement besoin. Malheureusement, dans les nombreuses chansons déjà produites par les différents noms qui prétendent représenter aujourd’hui la musique burundaise moderne, OU EST LE TRAVAIL DE DEVELOPPEMENT ET D’INTERNATIONALISATION DE NOS STYLES MUSICAUX : Inanga, Umuduli, Ikembe, Indonongo, Imvyinos, tout comme nos belles danses ?

Ce n’est pas sans raison que l’INSTITUT DE MUSICOLOGIE DE GITEGA présente en ce moment à nos artistes une orientation nouvelle devant guider le travail des auteurs-compositeurs burundais. L’espoir qui avait été donné par les musiciens de la première génération dans les années 70-80 avec l’orchestre national et l’orchestre Amabano n’est plus ressenti dans les créations musicales d’aujourd’hui. Tous les soi-disant « Producteurs burundais » n’ayant aucune expérience dans la recherche ethnomusicologique ne peuvent que diriger leurs inspirations et leur efforts sur ce qu’ils entendent vibrer sur les médias internationaux, et pas plus. Où va la musique burundaise alors ?

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REDRESSER le Secteur de la Musique burundaise perturbé Suite à l’Exode Massif des Talents Musicaux vers les Pays Étrangers

REDRESSER le Secteur de la Musique burundaise perturbé
Suite à l’Exode Massif des Talents Musicaux
vers les Pays Étrangers

A l’heure où le public et les mélomanes burundais s’inquiètent et se plaignent de la situation actuelle du secteur de la musique burundaise après les événements qui ont perturbé la capitale du Burundi l’an dernier, notre rédaction s’est entretenue avec le Directeur de l’Institut de Musicologie de Gitega, spécialiste en la matière, pour savoir s’il y aurait des solutions envisagées pour redresser ce secteur.

REDACTION : Mgr. Justin BARANSANANIKIYE, vous êtes directeur de l’Institut de Musicologie de Gitega, seule institution spécialisée en musique opérant actuellement au Burundi. Le secteur de la Musique burundaise est souffrant, agonisant même, après l’exode massif de la majeure partie des talents musicaux vers les pays étrangers suite aux événements tristes qui ont secoué la ville de Bujumbura l’an dernier. Auriez-vous une parole de réconfort non seulement pour les musiciens, mais pour les Burundais en général ?

Mgr. JUSTIN : C’est vrai, la réalité est là, quoique difficile à digérer et dure à supporter : des dizaines d’artistes musiciens burundais se sont exilés dans les pays limitrophes et plus loin encore suite aux événements que vous mentionnez qui ont frappé la capitale Bujumbura l’an dernier. Avec eux également, ce sont des producteurs de musique (amateurs) installés depuis bien avant au Burundi, qui ont suivi le courant. Le secteur de la Musique au Burundi qui a été ainsi profondément perturbé et secoué, appelle aujourd’hui une intervention avec un programme robuste de redressement, par de grands moyens au moment où un grand sentiment de désespoir remplit jour après jour les cœurs de nos artistes restés au pays. L’Institut de Musicologie de Gitega, fidèle à sa mission culturelle, est très sensible à la situation et se dispose à agir pour y remédier.

REDACTION : Concrètement, que voulez-vous signifier par là ?

Mgr. JUSTIN : Tout ceci survient, vous le savez aussi, alors que la Musique burundaise moderne, traînant encore ses pas pour parvenir à une identite culturelle concrète, n’avait justement pas encore pris une structure moderne bien définie pouvant représenter notre art de chant sur les podiums internationaux. A part les travaux de recherche ethnomusicologique entrepris par l’Institut de Musicologie de Gitega depuis 2014, force est de constater qu’aucun des musiciens partis en exil et ceux qui restent au pays n’y avait encore été initié. Et les travaux routiniers de composition musicale au hasard et de production à la va-vite d’albums non mûris ne peuvent guère constituer une fondation solide sur laquelle nous pourrions compter pour propulser le secteur musical au Burundi vers un avenir prometteur. C’est pourquoi, l’Institut de Musicologie de Gitega prévoit de lancer un vaste programme de redressement en faveur des musiciens actuellement présents au pays, en les organisant et leur faisant acquérir de nouvelles connaissances et capacités comme chercheurs en ethnomusicologie qui alimenteront leurs talents naissants et encore inactifs, en vue d’un vrai travail artistique de qualité.

REDACTION : Intéressant, ça ! Pourriez-vous nous en parler en détail ?

Mgr. JUSTIN : Le projet que nous avons mis au point pour cette intervention curative du secteur musical au Burundi comprend les volées suivants :
PREMIÈREMENT: Nous prévoyons d’organiser trois ateliers de formation (15 jours chacun) sur trois mois successifs, consacrés aux études sur la recherche ethnomusicologique à mener au Burundi telle qu’elle est préconisée dans mon nouvel ouvrage intitulé « Musiques Traditionnelles, Vocales et Instrumentales, du Burundi ». Ces travaux seront accompagnés par un programme effectif de recherche sur terrain au sein des diverses musiques traditionnelles sur toutes les régions du pays. Aussi, 30 journalistes culturels représentant les principaux médias y prendront part et devront accompagner le projet jusqu’à la fin. Cette recherche débouchera sur la seconde étape qui est la suivante:

DEUXIÈMEMENT : La Production de trois (3) albums musicaux qui serviront de modèles à tous les musiciens burundais dans la nouvelle orientation de travail que nous voudrions leur donner.

REDACTION : Apparemment, ce sont de nouvelles choses auxquelles les artistes burundais n’étaient pas habitués. Pensez-vous qu’il vous sera facile de leur inculquer ces nouvelles notions et méthodes scientifiques de travail dans la production musicale ?

Mgr. JUSTIN : Nous y parviendrons absolument. L’adage Kirundi « Ushaka umubira abira akuya » nous y encourage. Si nous désirons redresser réellement le secteur de la Musique burundaise, nous devons placer la barre très haut pour nous démarquer des pratiques anciennes qui n’ont fait que la gangrener et la paralyser éternellement. Nous choisirons de jeunes musiciens ayant un niveau d’études suffisant (humanités) qui pourront comprendre les enseignements qui seront donnés. Et puis, n’oubliez pas qu’en même temps, il y a d’autres étudiants en musicologie qui sont en formation à l’Institut de musicologie de Gitega et qui nous rejoindront.

REDACTION : N’avez-vous pas pensé à faire un suivi d’encadrement des artistes qui auront été formés et donner également une formation aux producteurs musicaux parce qu’ils ont joué et joueront toujours un rôle capital dans la promotion de la Musique burundaise ?

Mgr. JUSTIN : C’est le point que j’allais justement aborder. Nous prévoyons dans ce projet, un programme d’une année après la formation des 20 musiciens sélectionnés , qui consistera à les encadrer, les accompagner et les assister dans la production de leurs propres albums musicaux s’inspirant des modèles fournis. Ceci se fera parallèlement avec la quatrième étape qui sera celle d’organiser deux(2) séminaires annuels (15 jours chacun) de formation professionnelle intense à l’intention des producteurs musicaux amateurs opérant au Burundi. Ils devront en effet s’imprégner aussi de la vision et de la méthodologie de travail que l’Institut de musicologie de Gitega lance en vue d’une véritable promotion de notre musique.

REDACTION : Vous avez parfaitement raison. Presque tous nos producteurs musicaux actuels ne sont que des amateurs qui travaillent en tâtonnant.

Mgr JUSTIN : Et enfin viennent deux autres points également utiles dans notre projet. Il s’agit de l’organisation mensuelle de concerts sponsorisés où les différents nouveaux musiciens formés présenteront chaque fois au public burundais leurs chansons composées toujours sur les modèles nouveaux d’œuvres musicales créées à partir des recherches au sein de nos musiques traditionnelles, qui pourront alors êtres lancées sur le marché des musiques du monde.

REDACTION : Fantastique ! Et ainsi la véritable musique burundaise moderne dans ses vrais styles travaillés par tous les musiciens en synergie percera les horizons des marchés et des festivals mondiaux, n’est-ce pas ?

Mgr. JUSTIN : Absolument nous devrons y arriver. Un suivi sera également fait à travers des consultations trimestrielles d’évaluation des progrès réalisés par le projet. Mais notre plus grand souhait encore est de pouvoir organiser, en marge de ce projet, le PREMIER FESTIVAL DES MUSIQUES TRADITIONNELLES DU BURUNDI, auquel participeront 180 artistes musiciens/chanteurs/danseurs représentant tous les sillons de l’art musical burundais traditionnel dans toutes les régions et provinces. Cet événement nous permettrait de découvrir la dimension du champ artistique des musiques sur lesquelles nous allons travailler.

REDACTION : Et le budget, il doit être immense ! Auriez-vous déjà approché d’éventuels bailleurs pour essayer de collecter les financements nécessaires ?

Mgr. JUSTIN : C’est ce que nous faisons depuis un certain temps et continuons de faire en ce moment aussi. Nous ouvrons toutes larges nos portes de coopération à tous les AMIS DE LA MUSIQUE BURUNDAISE, aux Organisations nationales et internationales œuvrant dans le secteur culturel et souhaitant s’associer à nous ou simplement nous épauler dans ce projet.
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AHO GA URABIKA, RUSAKE? (L’Inanga à l’honneur!)

AHO GA URABIKA, RUSAKE?
(L’Inanga à l’honneur!)

Musique traditionnelle des nocturnes silencieuses en famille, l’art de l’INANGA s’est longtemps développé essentiellement dans les enclos (Rugo) du Burundi ancien, mais s’est vite démarqué comme « Musique-choix spécial des princes et des rois ». Chez les enfants, l’habitude s’était déjà gravée dans la mémoire comme quoi lorsqu’un vieux prenait son INANGA, il fallait vite le suivre et s’asseoir autour de lui pour écouter « Les riches récits du passé et les nombreux conseils et leçons de sagesse » qu’il allait chanter à leur intention. Raison pour laquelle les jeunes ont aussi aimé cet instrument, l’adoptant finalement comme le leur.

« AHO GA URABIKA, RUSAKE » est, semble-t-il, un morceau musical composé sous la colonisation allemande par un vieux joueur de l’INANGA qui avait raté le rendez-vous d’aller se faire primer à la cour royale en compagnie d’autres amis de sa région. Ce qui ne pouvait que lui causer une amertume sans fin, car les autres en étaient revenus, comme d’habitude, conduisant des têtes de gros bétail en grand nombre. En effet, son coq (instrument naturel burundais de référence marquant l’heure de départ très tôt le matin) n’avait pas chanté comme d’habitude pour le réveiller à temps. Il s’était endormi tardivement enivré de joie dans l’attente du lendemain.

Une nouvelle occasion se présentant, le vieil artiste candidat prend soin cette fois-ci de donner à son oiseau suffisamment de grains de sorgho à picorer afin qu’il agisse et chante l’heure habituelle arrivée. Impatient de l’entendre finalement chanter, notre artiste décide de ne pas dormir et de passer toute la nuit à jouer de l’INANGA aux côtés de son coq en le maudissant par tous les dieux pour l’empêcher de sommeiller. Drôle, mais plein de sens !

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Umutwenzi wagutanze, Na Rusake ntigutange
Nya gutabagurwa n’ibisiga !
Nya gutabagurwa n’ubuyongwe!
Nya gutabagurwa n’ibisiga
Nya gutabagurwa n’ubuyongwe

Sake yagutanze n’umutwenzi ntugutange
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?
Aho ga urabika, Rusake, Aho ga urabika ?

Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?
Utumera twanje naguhaye, Aho ga urabika ?

Umutwenzi wagutanze, na Rusake ntigutange
Nya gutabagurwa n’ibisiga, Nya gutabagurwa n’ibisiga!
Nya gutabagurwa N’ubuyongwe!
Nya gutabagurwa n’ibisiga!
Nya gutabagurwa N’ubuyongwe!

Sake yagutanze
N’umutwenzi ntugutange
Nya gutabagurwa n’ibimwenyi!
Nya gutabagurwa N’ibimwenyi!

Oui, une histoire peut-être banale mais qui véhicule indirectement un grand message destiné à corriger toute la société burundaise et s’adressant à la fois :
– aux enfants qui ne remplissaient pas correctement leurs devoirs alors que les parents se donnaient corps et âme pour leur survie ;
– aux hommes malhonnêtes occupant de hautes responsabilités et se faisant toujours monnayer par des cruches de vin de banane ou de bière de sorgho, pour ne rien faire finalement en faveur de la cause de leurs clients-victimes.
– A certaines femmes aussi parfois absentes dans leurs responsabilités ménagères.
Nous trouvons ici un grand poème socio-politique sous une expression lyrique revêtue de symboles forts où le musicien-interprète finit lui-même par souhaiter que ce « COQ » qui qu’il soit, finisse ses jours dévoré par des oiseaux prédateurs ou par la belette.

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